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Contributions au 34e congrès du Pcf
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Bernard CALLABUIG secrétaire fédéral du Val-d'Oise Contribution au débat du 34e congrès mars 2008 Les résultats des élections territoriales méritent une
analyse approfondie, conduite en lien étroit avec nos réflexions de congrès. Le
Parti communiste retrouvera vraisemblablement un important réseau d’élus et
nous ne pouvons que nous en féliciter, mais faut-il en déduire pour autant que
son résultat soit bon ? Nos résultats sont contrastés et mettent en
lumière des éléments préoccupants. Quels sont les points les plus marquants de
cette double élection ? Je me risque, quelques jours seulement après le
scrutin, à livrer quelques réflexions, qui, je n’en doute pas, mériteront
d’être affinées. La droite clairement sanctionnée par l’abstention. Une partie de notre peuple a exprimé sa volonté de
sanctionner la politique de N. Sarkozy : promesses non tenues, absence de
réponses aux questions cruciales auxquelles est quotidiennement confrontée la
grande majorité de nos concitoyens. Chacun a pu se rendre compte de
l’omniprésence de la question sociale dans toute la campagne pour que cette
affirmation ne fasse aucun doute. Mais cette sanction de la politique de la
droite se réalise dans des conditions particulières, elle ne se concrétise pas
uniquement par le vote, elle se manifeste aussi et surtout par l’abstention.
C’est un phénomène contraire à celui de l’élection régionale et cantonale de
2004 où les Français avaient exprimé leur opposition à la politique
Chirac/Raffarin en votant massivement à gauche, le taux de participation était
alors l’un des plus élevés dans des élections intermédiaires. Aujourd’hui, le
reflux de la droite permet la victoire de la gauche. Alors que l’élection
présidentielle a connu la participation la plus importante depuis le début de
la 5ème République, les deux tours de scrutin dévoilent le retour d’une
abstention record, qui ne touche pas que les quartiers les plus populaires, la
plus forte abstention pour une élection municipale depuis 1959. Dans ces conditions,
l’expression « poussée de la « gauche » ne traduit pas vraiment cette
réalité. L’installation du bipartisme. Incontestablement le Parti socialiste est le principal
bénéficiaire de l’échec de la droite. Le MoDem ne réussit pas à s’imposer, sa
stratégie d’alliances a été mal perçue par 60 % des Français qui l’ont
jugée « opportuniste » (sondage Ipsos/Del). Le Front national sort du
scrutin affaibli, le recyclage de son électorat par la droite classique se
poursuit. Plus qu’une bipolarisation Gauche /Droite, les élections
territoriales marquent une installation du bipartisme PS/UMP. Si l’on prend les
élections cantonales, la droite perd plus de 200 conseillers généraux au
bénéfice, à plus de 80 %, du Parti socialiste. Alors que sur une longue
période Droite et PS se partageaient ensemble environ 40 % des conseillers
généraux, cette fois, à eux deux, ils totalisent autour de 60 % des
sièges. Un contexte inédit, d’éclatement des repères traditionnels. Bien souvent c’est la confusion qui prime, avec des configurations
locales à géométrie variable, des personnalités de gauche dans des listes de
droite et des gens de droite dans des listes de gauche. Nombreuses ont été les
tentatives pour remettre en cause l’engagement partisan (au sens représentant
de parti) porteur de repères idéologiques au profit de concepts droitiers de
« gouvernance » ou « d’union des compétences » qui
sous-tendent des gestions assumées entre « spécialistes », dans les
« clous » imposés par le système. Autant de conceptions en opposition
avec l’engagement politique et citoyen. A gauche les alliances sont circonstancielles, là des listes
de coalitions, englobant la gauche traditionnelle et parfois le MoDem dès le
1er tour, ailleurs des alliances avec LO, et dans de nombreux endroits des
primaires au 1er tour avec, dans nombre de localités, des triangulaires voire
des quadrangulaires au deuxième tour. Un second tour qui, cette fois-ci, à de
rares exceptions près, n’était pas arbitré par le Front National. Les alliances à gauche se sont souvent effectuées dans la
douleur, montrant la difficulté de réaliser l’union version 20ème siècle avec
nos partenaires traditionnels. Les listes d’union ne relevaient plus, comme ce
fut le cas au moins depuis 1971, d’une construction politique globale autour d’un
projet partagé (Programme commun ou, dans un autre contexte, Gauche plurielle)
mais d’alliances de circonstance, de nécessité, chacun sachant que ces listes
seront, dans la prochaine période, traversées par les contradictions des enjeux
européens et de la recomposition de la vie politique. Qu’en est –il du résultat du Parti communiste ? Pour analyser sérieusement nos résultats et les tendances
que dégagent les scrutins des 9 et 16 mars, nous devrons nous efforcer de
dépasser le satisfecit d’avoir retrouvé, en rang d’importance, le troisième
réseau d’élus. Nous devrons nous attacher à analyser objectivement et partout,
quelles que soient les configurations politiques dans lesquelles nous avons
travaillé, les raisons de nos résultats. Ce qui a marché, l’efficacité des
actes que nous avons produits, et aussi ce que nous n’avons pas fait et que
nous aurions dû faire. Nous devrons le faire en essayant de disséquer ce qui
relève, tant dans les échecs que dans les victoires, des particularités locales
et ce qui est commun à d’autres situations, de façon à cerner les tendances que
le scrutin dessine pour en mesurer toutes les conséquences pour l’avenir. Ainsi,
pourquoi, alors que la gauche l’emporte largement sur
la droite, le Parti communiste ne bénéficie-t-il pas de
cette
« poussée » ? Le PS gagne 164
cantons, le Parti communiste en
perd 10, et, si nos scores à l’élection cantonale
ne sont pas inintéressants,
nous devons prendre en compte la quasi-absence de l’extrême
gauche à cette
élection. Concernant les municipales, pourquoi, pour la
première fois dans des
situations de conquêtes sur la droite, les dynamiques des seconds
tours
fonctionnent moins bien avec un communiste à la tête
d’une liste d’union
qu’avec un socialiste ? Certes, on me rétorquera que
les situations ne se
ressemblent pas, il y a des aspects particuliers, au Havre, à
Sète, à Corbeil,
à Nîmes… Je ne nie pas les particularités
locales, d’autant que les campagnes
n’ont pas été conduites à l’identique
et, de surcroît, elles se sont déroulées
dans des contextes forts différents. Cependant, l’addition
d’aspects
particuliers débouchant sur une analogie de résultats
dégage, qu’on le veuille
ou non, des tendances politiques. Car nous savons, les uns et les
autres, qu’il
n’en a pas toujours été ainsi. Il y a quelques
années, les rassemblements de
deuxième tour s’effectuaient dans d’aussi bonnes
conditions avec un candidat
communiste qu’avec un candidat socialiste. Force est de constater
qu’il n’en va
pas ainsi aujourd’hui. De même, les « poussées » de la gauche
profitaient, dans une moindre mesure certes, mais quand même aussi, aux
communistes. Or, aujourd’hui, ces effets mécaniques ne se traduisent pas dans
les scrutins. Comment nos concitoyens nous perçoivent-ils ? Le Parti communiste dispose d’une forte implantation locale,
c’est ce qui explique les résultats de beaucoup de nos sortants au 1er tour,
encore qu’à y regarder de plus près, c’est un peu moins vrai lorsque il y a une
diversité d’offres politiques à gauche. Certes, le Parti socialiste a fait, par
endroits, ce qu’il fallait pour nous prendre ou nous faire perdre des positions
locales, mais plutôt que de nous enfermer dans le domaine du constat, nous
devrions nous poser la question : comment cela a-t-il été rendu
possible ? Les élus communistes, cela reste vrai, sont encore considérés
par nos concitoyens comme des repères de solidarité, des hommes et des femmes
sensibles à la détresse humaine, dévoués et intègres, ils méritent bien cette
reconnaissance. Cela suffit-il ? Cette marque actuelle, loin d’être
négative, n’est pourtant pas « notre marque originelle de fabrique ».
Elle est davantage devenue une éthique de qualité portée individuellement par
des hommes et des femmes que celle d’une force politique nationale crédible
pour agir et transformer le réel. Voilà notre problème ! Nous sommes
toujours confrontés à cet handicap majeur que constitue la dégradation de
l’image du communisme qui, conjuguée à l’absence d’un projet réellement
refondé, contribue à ce que le communisme soit considéré comme une force du
passé - à ce sujet reconnaissons que les évènements sanglants du Tibet,
survenus à la veille du second tour ne font, malgré notre condamnation ferme et
sans ambiguïté, qu’en rajouter –. Ces élections et leurs résultats ne lèvent
pas les questions existentielles qui sont posées au Parti communiste,
n’infirment en rien les conclusions de l’Assemblée extraordinaire de décembre
qui a décidé de laisser toutes les options en débat. Nous sommes confrontés, dans une élection particulière, qui
n’est pas celle du printemps dernier, aux mêmes problématiques, aux mêmes
tendances électorales. Les questions posées au communisme et à la gauche
restent d’une actualité brûlante, d’où l’importance des choix qui seront
effectués au 34ème congrès. Les lignes qui suivent ont été rédigées dans le
courant du mois de février, les résultats des 9 et 16 mars ne me semblent pas
de nature à bouleverser la structure du texte ci-dessous et, qui plus est, me
semblent renforcer son sens. Je le livre tel quel, à la réflexion et au débat constructif. *** Notre 34ème congrès sera celui de la dernière chance pour le
Parti communiste. Soit les communistes se donneront les moyens de mener un
débat libre, franc et rigoureux les mettant en capacité de défricher des voies
nouvelles et, par-là même, de sortir leur parti de l’ornière dans laquelle il
s’est enfoncé, soit le Parti communiste disparaîtra définitivement des
consciences, donc de la vie politique, comme ont disparu la plupart des autres
partis communistes. Chacun sait que cette dernière hypothèse n’est pas du
domaine de l’invraisemblable. La disparition du Parti communiste, sans que rien ne le
remplace, laisserait le champ libre à la recomposition politique à droite, à la
mise en place d’un système politique caractérisé par le bipartisme. Partout où
existe un tel système, il n’y a plus d’espace pour les forces de la
transformation sociale, elles sont irrémédiablement condamnées à une
marginalité définitive. Y aura-t-il demain un outil d’émancipation humaine ? L’enjeu peut être résumé de la façon suivante :
existera-t-il, oui ou non, demain un outil d’émancipation humaine sur lequel
les exploités pourront compter ? Un outil aussi performant que le fut le Parti communiste,
dans une grande partie du 20ème siècle, en contribuant à la politisation de la
société et, plus particulièrement, de la classe ouvrière jusqu’à permettre à un
certain nombre d’entre eux d’accéder à des fonctions électives, dirigeantes et
à se confronter d’égal à égal avec la bourgeoisie sur un terrain qui lui était
jusqu’alors réservé, celui de la politique. Un outil populaire et aussi efficace que le fut notre parti
lorsqu’il contribua à écrire les plus belles pages démocratiques et sociales de
notre histoire. Les générations futures disposeront-elle demain d’un outil
les rendant aptes à conquérir de nouvelles avancées sociales ? Allons-nous
y contribuer ou allons-nous laisser l’espace vacant à gauche, pendant que le
paysage politique se recompose à droite. Ouvrons le débat Le congrès devra répondre à cette question. Ce débat est
d’ores et déjà ouvert, personne n’a le pouvoir de le refermer. Une grande
diversité de cohérences, de questionnements et de réponses ont commencé à se
dessiner dans les débats pluralistes organisés dans des fédérations durant la
période de préparation de l’Assemblée générale des 7 et 8 décembre. A présent les options sont repérables, enfin pour certaines,
car tout n’est peut-être pas dit. Je limiterai mon propos aux options
exprimées. Pierre Blotin dans sa contribution intitulée « du pain sur la
planche pour communisme 21 » invite à « passer à une autre
phase : celle du débat contradictoire sur le contenu et les implications
de chacune d’entre elle ». Alors débattons, échangeons les arguments, essayons de
produire du commun ! Il y a certes une grande diversité d’options, qui ne
se réduit pas à un choix entre deux thèses. Il y a cependant une première
question qui prédétermine la suite de nos débats : le Parti communiste a
t-il un avenir ? Peut-il espérer retrouver sa place dans la société ?
Une « novation profonde » suffira-t-elle pour
ambitionner à redevenir « Un grand parti moderne, populaire et
rassembleur » pour reprendre une des formules de l’Assemblée
extraordinaire ? Pour qu’une telle affirmation soit crédible, il faut
préciser de quelle novation il s’agit. Car, qu’avons-nous fait d’autre ces 30
dernières années ? Du 22ème congrès (1976) à la Mutation, (1994-2000), le
Parti communiste a évolué en interne. Il a modifié son fonctionnement, ébauché
un travail théorique sur la conception de la transformation sociale, revu son
programme, revisité la visée communiste à plusieurs congrès. Certes, il y a eu
souvent des hésitations, parfois même des blocages, voire des erreurs. Mais
globalement, nul ne peut dire que le Parti d’aujourd’hui est comparable, dans
son fonctionnement, à celui des années 70. Sur le plan stratégique, depuis la fin du Programme commun,
nous avons expérimenté le « nouveau rassemblement populaire
majoritaire » 25ème congrès (1985), « le pacte unitaire pour le
progrès » (1994), la « gauche plurielle » (1997), « le
rassemblement antilibéral » (2003). Et, pourtant rien n’a enrayé notre déclin électoral, ni même
notre difficulté à être au cœur de la société, et non pas aux marges. N’est-il
pas temps de s’interroger sur le cadre dans lequel ces évolutions se sont
effectuées, pourquoi elles n’ont pas réussi ? N’est-il pas temps de se
poser franchement la question, de savoir si la matrice bolchevique, dont nous
sommes issus et qui a favorisé la forme prise par le communisme au 20ème siècle,
n’est pas arrivée en réalité, au terme de son développement, de sa « force
propulsive » ? Si la réponse à cette question est « oui »,
« une profonde novation » ne suffira pas à nous remettre au centre de
la vie politique. PCF, la double filiation, oui mais… Nous l’avons souvent écrit, le Parti communiste est issu
d’une double filiation. Il a été pendant longtemps une section de
l’Internationale communiste qui en a respecté la doctrine et qui a été absorbé,
comme tous les autres partis du mouvement communiste international, par le
phénomène du stalinisme, mais il est aussi un parti politique français inséré
dans la société française, qui plonge ses racines dans les traditions
démocratiques et révolutionnaires de notre peuple. Un parti qui sait faire
preuve d’originalité, particulièrement dans les années 30 avec la stratégie
unitaire qui aboutira au Front populaire. Parfois il a l’audace de chercher les
moyens de s’émanciper du modèle soviétique, ainsi en est-il des réflexions de
M.Thorez sur la voie française au socialisme (entretien au Times,
1946) (1). Mais le Parti français reste
prisonnier de ses origines, captif d’une culture, d’une conception de la
révolution. Le socialisme et le marxisme sont élevés au rang de doctrine
scientifique. Une vision mécanique de l’évolution des sociétés humaines conduit
à une fatalité de l’histoire. C’est dans nos écoles du parti en France que nous
apprenions la théorie des 5 stades de l’évolution des sociétés (2). De ce point de vue, Fukuyama n’est pas l’inventeur de la
fin de l’histoire. Les conceptions dogmatiques, ce sont les lois générales du
passage au socialisme : propriété collective des grands moyens de
production et d’échange, exercice du pouvoir politique par la classe ouvrière
et ses alliés, dictature du prolétariat, nécessité d’un parti marxiste
léniniste qui soit réellement l’avant garde révolutionnaire de la classe
ouvrière (3). La révolution est régie par des
lois et les lois ne se transgressent pas, surtout si elles sont marquées du
sceau de la « science ». La révolution ne pouvait être pensée que par
le haut, la conscience ne pouvait être amenée que de l’extérieur « L’idéologie
dominante est celle de la classe dominante » écrivait Marx. Comment alors concevoir une majorité avant la conquête du
pouvoir ? Seules la révolution et la dictature du prolétariat pouvaient
résoudre l’équation. Il fallait donc un outil d’avant garde conçu comme le sel
de la terre « Le Parti est composé des meilleurs éléments de la classe
ouvrière et du peuple » (4)
Nous avons cultivé une conception étriquée du communisme, qui a pris à
contre-pied le Manifeste de 1848 : « Le libre développement de chacun
est la condition du libre développement de tous » s’est transformé en
son contraire : l’affranchissement de la masse devient la condition de
l’affranchissement de l’individu. La conséquence de ce mécanisme transformera
de fait la promesse humaniste de Marx en un « anti-humanisme. » Le communisme n’est plus le « mouvement réel qui
abolit l’ordre actuel des choses » (dans un mouvement sans cesse
renouvelé), il est la fin de l’histoire, l’idéal sur lequel la société doit se
régler. Le rêve du communisme ainsi conçu devenant vite inaccessible, il
devient évident qu’une étape transitoire s’impose : le
« socialisme ». Et ce socialisme ne pouvait être imaginé pour
l’ensemble du mouvement communiste autrement qu’en adhérant aux principes sur
lesquels il se construisait en Union Soviétique. C’est parce que nous savions au fond de nous que tout cela
ne pouvait être adapté à notre pays, que le Parti communiste français n’a
jamais fait du socialisme l’objet principal de son combat. Il faut attendre, au
début des années 70, la parution du livre de Georges Marchais en 1973 Le
défi démocratique, et particulièrement le 22ème congrès en 1976 pour que
s’engage une réflexion sur le socialisme à la Française. Dans notre histoire,
le socialisme était un idéal qui vivait, en toile de fond, dans nos discours et
nos textes de congrès. La contrainte des évènements a toujours conduit le Parti
communiste français à se donner d’autres objectifs, à se fixer, à son tour, des
étapes pour parvenir au socialisme : le Front Populaire, le Programme du
Conseil National de la Résistance ou encore le Programme commun, considéré
comme une « démocratie avancée pour une France socialiste ». Et le communisme dans tout cela ? Quel militant n’a jamais été confronté dans les années 70,
lorsque le Parti socialiste, engagé sur le Programme commun paré de toutes les
vertus de gauche, revenait sur le devant de la scène, à cette ambiguïté dans
des discussions avec des personnes moins averties : « Vous êtes
communiste, et pourquoi appelez-vous la société que vous voulez, le
socialisme ? » Imparable raisonnement. La réalité est que le Parti communiste français ne s’est
jamais penché sur la question du communisme. Pourtant Marx n’a jamais écrit sur
le socialisme, il parle du communisme en faisant la distinction dans sa Critique
du programme de Gotha entre phase inférieure et phase supérieure de la
société communiste. Lénine reprend les mêmes termes dans L’Etat et la
révolution. Il est d’ailleurs significatif que le Parti communiste français
n’ait quasiment pas utilisé le mot « communisme » dans une résolution
de congrès avant 1994 (5). Au point que depuis, cette
question est inscrite dans tous les ordres du jour de nos congrès sous forme
interrogative qui en dit long sur notre désarroi « Qu’est-ce que le
communisme ? » ou encore « Quelle conception avons-nous du
communisme ? ». Et nous ne pouvons que constater de profondes
divergences entre nous sur cette question pourtant fondamentale. Les occasions manqués L’histoire de notre parti est une succession d’occasions
manquées, ce qui ne gomme pas l’apport communiste à toutes les avancées
démocratiques et sociales, du Front populaire à la Résistance, de la
reconstruction nationale à la lutte contre les guerres coloniales. Le Parti
communiste, conçu pour faire la révolution dans l’opposition au réformisme, a
été le parti qui sans jamais faire la révolution aura le plus contribué à
imposer de profondes réformes à la société. Au point que, de façon assez
lapidaire, on peut dire que nous avons contribué à produire - sans que les
militants en aient toujours pleinement conscience - au moins autant de
communisme en France que ne l’ont fait les partis des pays du « socialisme
réel ». Depuis le début des années 60, le Parti communiste est en
difficulté. Il ne trouve plus sa place dans les combats émancipateurs.
D’élection en élection il enregistre les déboires d’abord par une lente érosion
de sa base électorale, puis des décrochages plus importants ces 25 dernières
années, pour en arriver au 1,9 % de la dernière Présidentielle. Nous avons
souvent écrit sur les « retards », ceux de 56, sans vraiment en tirer
toutes les conséquences, sans en percevoir les répercussions importantes sur
nos avancées théoriques et politiques, sur notre démarche globale, nos
hésitations à rompre avec le modèle soviétique, la tardive condamnation sans
appel du stalinisme, ce n’est qu’en 1975 que nous avons défini le stalinisme
comme un ensemble « de conceptions et de pratiques totalement
étrangères à notre idéal et à notre politique ». Soit 19 ans après le
rapport de N. Khrouchtchev au 20ème congrès du PCUS, rapport dont nous avons
d’abord nié l’authenticité et que nous avons publié dans son intégralité
seulement au début des années 80. Ce fut un choix de direction, qui nous a coûté cher,
personne ne pourra dire que la responsabilité de notre silence incombe aux
Soviétiques. Le Parti communiste français était, aux yeux de nos concitoyens-
quoi que nous puissions dire - inféodé à Moscou. Dans la même période, les
retards que nous avons pris à analyser les évolutions de la société française,
les bouleversements qui s’opéraient dans tous les domaines : production,
consommation, éducation, conditions de vie, développement du salariat,
féminisation du travail, urbanisation… alors que le PCF campait sur une ligne
politique de paupérisation (6).
Tout cela contribua à nous déconnecter de la société. Retard encore pour
percevoir, les effets pervers de la mise en place des institutions de la 5ème
République avec son mécanisme présidentiel et sa tendance à bipolariser la vie
politique. Tant et si bien que lorsque la société appelle à de grands
changements – « 68, le premier grand affrontement entre la masse des
travailleurs et le pouvoir des monopoles » - le Parti communiste
français n’a plus les réponses adaptées. Il regarde avec défiance et frilosité
les mouvements de la jeunesse et les nouveaux mouvements sociaux :
féminisme et écologie. Les années 70 et 80 sont deux décennies de long travail
pour s’extraire du modèle soviétique. Les avancées théoriques et politiques
sont importantes, relance de la réflexion après les évènements de 68, sur la
voie pacifique pour passer au socialisme, abandon de la notion de dictature du
prolétariat et socialisme aux couleurs de la France en 1976. Le chantier est
ouvert mais il n’est finalement jamais conduit jusqu’au bout, on avance par
touches successives : abandon de la conception du parti guide, du marxisme
léninisme, mais pas question de toucher au centralisme démocratique (règle de
vie inscrite dans les 21 conditions d’admission à l’Internationale communiste).
Pour ce dernier abandon il faudra attendre 1994. Même si ce
dernier principe s’est assoupli au fil des années jusqu’à reconnaître la nécessité
de « travailler ensemble » en 1985. Mais qu’avons-nous reconstruit,
quels repères nouveaux ? Nous abandonnons, mais nous ne dépassons pas.
Sans compter qu’il est plus facile d’abroger un concept dans un texte de
congrès, que de changer une culture. On n’abroge pas une culture d’autant
qu’elle détermine souvent des pratiques. Nous n’avons pas pris toute la
dimension que sous-tendaient ces abandons. Ils ont davantage été perçus comme des effets d’images, de
nouveau looks, que comme des ruptures appelant des novations profondes qu’il
aurait été nécessaire et possible alors d’enclencher. Cela s’avère tout aussi
vrai, quelques années plus tard, pour la Mutation. Sur le plan stratégique,
nous avons analysé les causes de l’échec du programme commun, mais à quelle
nouvelle construction politique nous sommes-nous attelés ? Les contradictions auxquelles nous avons dû faire face lors
de notre participation gouvernementale en 1997 ont témoigné de nos difficultés
à faire de l’inédit. Je n’ai, pour ma part, jamais pensé que notre score
calamiteux à la Présidentielle de 2002, était dû essentiellement à notre
participation gouvernementale. Les causes sont plus profondes, elles partent de
plus loin. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai été signataire dans cette
période de l’appel aux « Etats généraux du communisme ». Le PCF est-il réformable ? Tout cela pose une question : le Parti communiste
peut-il aujourd’hui se réformer ? Existe-t-il un seul Parti communiste
issu de la matrice de la 3ème Internationale qui ait réussi à se
réformer ? Comment alors penser qu’une « novation profonde »
suffira à enrayer le déclin du communisme français ? Si le Parti
communiste fait le choix de la « rénovation » dans la continuité, il
n’enrayera pas son déclin. Je suis aujourd’hui convaincu que, si on veut
continuer à faire vivre le combat pour l’émancipation humaine, il faut avoir
l’audace de se poser la question d’une nouvelle organisation qui rompe avec la
matrice initiale. Pour être clair, cette nouvelle organisation, pour moi, ce
n’est pas un mouvement, c’est un parti. Elle n’entraîne pas la disparition
immédiate du Parti communiste français, car rien ne naît du néant et quelle que
soit la variante retenue, l’aboutissement se fera au terme d’un processus qui
peut, dans le contexte actuel, s’avérer fort long. Donc, il ne s’agit pas de
« saborder » le Parti communiste, d’autant que pour l’instant, nous
sommes dans une situation de chaos, de vide sidéral à gauche. Le peuple ne
dispose d’aucun autre outil. Certes, mais ce constat suffit-il à relever les défis qui
sont devant nous ? Rester immobile ou apporter quelques novations à la
marge, c’est laisser le Parti en l’état, ce qui équivaut à une disparition
assurée, programmée. Tout ce qui s’apparente au conservatisme s’inscrit de fait
dans la liquidation. De la même façon que « les idées deviennent des
forces matérielles lorsqu’elles s’emparent des masses », un parti
s’éteint lorsqu’il disparaît de la conscience des individus. La question est de
savoir si nous aurons, oui ou non, l’audace de défricher des voies nouvelles,
comme l’ont eue nos lointains aînés en 1920. Les socialistes, qui à Tours ont
adhéré à l’Internationale communiste, étaient aussi fortement attachés à leur
parti, tant sa construction leur avait coûté, que nous sommes attachés
aujourd’hui au nôtre. Certes, on me rétorquera que le contexte actuel, tant
national qu’international, n’est en rien comparable. Cela est vrai. Et on
pourrait ajouter qu’il existe peu d’éléments dans le paysage politique
susceptibles de donner du crédit à la perspective d’une force nouvelle. Mais la
question peut être posée en d’autres termes : ces conditions peuvent-elles
être créées sans que le Parti communiste en soit partie prenante, l’initiateur
dynamique ? A partir du moment où l’on pense qu’une novation ou une
rénovation ne suffira pas à un nouveau départ, un autre débat s’engage :
Que faire ? Comment répondre aux attentes politiques ? Quel projet gauche et quelle(s) force(s) pour le porter ? Les réformes engagées par N.Sarkozy interviennent dans une
période de régression idéologique sans précédent qui touche la gauche dans son
ensemble et, par voie de conséquences, les forces vives de notre pays n’ont
jamais été aussi désarmées. Nous devons faire face à deux problèmes : le
projet de transformation et la force politique pour le porter. Ne sous-estimons
pas tout ce qu’ont pu générer dans les consciences les échecs successifs de la
transformation de la société au 20ème siècle : échec de la
social-démocratie, échec du soviétisme. Dans les années 70, l’idée de changer la société, voire de
société, avait un sens et les débats allaient bon train sur le sujet.
Aujourd’hui, le doute s’installe sur la possibilité de sortir du capitalisme
financier et mondialisé, d’autant que la gauche - l’élection présidentielle l’a
montré - est en panne de projet. Tout cela conforte la tendance à renoncer à l’alternative
pour se contenter de l’alternance. Deuxième problème : les forces de la
radicalité que le PCF structurait dans les années 70, sont aujourd’hui éclatées
et divisées. Cette situation est lourde de conséquences, elle peut conduire à
terme à ce que ne subsiste à gauche que le choix entre l’adaptation et la
contestation à savoir : le leurre de l’humanisation du système capitaliste
et celui de la contestation vouée à l’impuissance car condamnée à ne jamais
parvenir à des rassemblements majoritaires. Refondation du communisme : indispensable et
insuffisant Les signataires du texte « Communisme 21 »
soumettent au débat l’idée d’un autre Parti. Un Parti à référence communiste
« non pas la référence au communisme mort au XX° siècle mais le
communisme à faire vivre au quotidien au XXI° siècle ». Si je partage
globalement les analyses de ce document, quant aux évolutions du capitalisme,
les causes conduisant à l’effondrement de l’Union Soviétique, les défis majeurs
et mondiaux auxquels l’Humanité est confrontée, les nouvelles conditions dans
lesquelles se déroule l’affrontement entre le capitalisme et les peuples ou
encore sur la nécessité de rompre avec la matrice bolchevique conceptualisée
après 1917, la conclusion du document appelant à créer un nouveau Parti
communiste, mérite réflexion. La réussite de cet objectif ne me semble pas plus aisée que
l’option de la nouvelle force politique défendue par les communistes unitaires.
Le texte de Pierre Blotin a le mérite d’être plus précis sur l’objectif et la
méthode préconisée que ne l’est le document de « communisme 21 ». Je me permets de résumer l’objectif et la démarche proposée
par Pierre Blotin en prenant le risque d’être schématique : le 34ème
congrès du PCF décide d’engager un processus débouchant sur la construction
d’un nouveau Parti qui assume sa référence au communisme. Ce processus vise à
une construction commune édifiée à égalité de droit et de devoir, avec les
hommes et les femmes qui constituent la force communiste. Ils élaborent
ensemble un projet et un calendrier pour créer ce nouveau parti, dont le nom et
les modalités de fonctionnement seront soumis lors d’un congrès fondateur. Les refondateurs proposaient une construction à peu près similaire à la fin des années 90 « La nouvelle maison commune »(7). La proposition était la suivante : un dépassement décidé par les membres actuels du PCF et débattu, à égalité de responsabilité, par des dizaines de milliers d’autres, afin de créer le nouveau parti communiste. Une refonte qui aurait associé quatre groupes, « les adhérents du Parti », « les anciens membres » « les organisations communistes existantes notamment d’obédience Trotskiste » l’auteur soulignait que ce 3ème groupe ne serait pas le plus commode à agréger du fait des « murailles » et des rancœurs que l’histoire a produit. Un quatrième groupe, « les communistes potentiels, celles et ceux qui n’appartenant pas au PCF, ont quelque chose à voir avec le Communisme », enfin suivait un développement intéressant sur « une autre conception de l’organisation » visant à casser le centralisme et la forme d’organisation pyramidale pour lui substituer le travail collectif, la mise en réseau des adhérents. Un parti d’individus communistes s’inscrivant dans la « continuité d’une visée et d’un esprit critique radical, et dans la rupture des cultures et des formes d’organisation ». Sauf que nous ne sommes plus dans les années 90. Nous avons loupé la période de la Mutation, gâché les espoirs du Congrès de Martigues, faute d’avoir eu la volonté de pousser la démarche jusqu’au bout et sur le fond. Nous avons tous vécu les « reculades » sur le
Nouveau Parti Communiste, conçu comme une création exclusivement pensée de
l’intérieur avec l’ajout de quelques personnalités extérieures. Aujourd’hui,
l’affaiblissement du Parti communiste est tel qu’il ne nous permet plus de
peser sur la vie politique. Nous n’avons plus le même niveau électoral qu’à la
fin des années 90 et début des années 2000 (entre 9 et 10 % dans les
scrutins nationaux). Le bipartisme n’était pas complètement installé, le
syndrome du 21 avril 2002 n’avait pas encore eu lieu. Poser la question du
Parti communiste même refondé dans un cadre nouveau, avec une forme de vie séparée,
ne résout pas aujourd’hui la question de la perspective politique. Je trouve
d’ailleurs très réservée la partie du texte traitant de la gauche et de la
stratégie politique. Pourtant, comment sortir du piège dévastateur qui prend
notre peuple dans un effet de ciseau : gauche d’adaptation majoritaire
d’un coté et gauche exclusivement cantonnée dans la contestation de l’autre.
Comment tout à la fois, faire vivre du communisme - car, pour moi, il ne s’agit
pas de renoncer à faire vivre un communisme d’un nouvel âge, du 21ème siècle -
et construire la force politique d’émancipation humaine à vocation
majoritaire ? Une formation communiste séparée peut-elle raisonnablement,
dans la situation actuelle, avoir l’ambition d’agréger suffisamment de forces
pour être majoritaire ? Si elle ne prétend pas à ce rôle majoritaire,
alors les questions de rassemblement, de construction politique, d’alliances
électorales se posent et leur nature doit être précisée. La question de la nouvelle force à gauche L’ambition d’un nouveau Parti communiste, « parti de
la rupture et de la fidélité », est une belle ambition, que je partage
car, encore une fois, une organisation communiste qui ne soit pas la
reproduction de l’existant est absolument nécessaire. Mais cela sera-t-il suffisant
pour faire front à la droite, rassembler des majorités ? A mon avis, c’est
non. C’est la raison qui fonde les autres pistes de recherches et
notamment l’hypothèse de la nouvelle force politique pour laquelle, en l’état
du débat actuel, se dessinent de nombreuses variantes. Un parti de gauche dont
le contour peut aller des socialistes à l’extrême gauche, associant :
forces politiques, associatives, des syndicalistes et des citoyens. Il est trop
tôt pour dire avec précision ce que sera la forme organisationnelle de cette
nouvelle force, Confédération dans un premier temps, force unifiée
ensuite ? La vie, ce que nous serons en capacité de faire, en sachant que
tout ne dépend pas exclusivement de nous, dessineront au fil du processus
« la nouvelle force. » Mais ma conviction est que dans cette nouvelle
organisation, le communisme doit vivre en tant que tel. Dans l’hypothèse d’une
Confédération cela va de soi, dans celle d’un parti unifié, le communisme doit
être structuré et organisé à l’intérieur du nouveau parti. Donc pas de
dilution. Je sais que des camarades défendent l’idée d’une nouvelle force
politique qui ne fasse pas de l’existence du communisme organisé un préalable,
je ne considère pas comme mineure cette différence entre nous, mais bien
évidemment elle se discute. Il y a aussi cette question, à savoir si les membres du
Parti communiste seraient prêts à accepter les compromis qu’engendrerait une
telle création ? Ne recommençons pas à présupposer ce que pourraient
penser les communistes. Ce sont ces préjugés qui, bien souvent, ont paralysé
notre réflexion et dernièrement participé à l’échec du rassemblement
antilibéral. Alors oui optons « pour un congrès adulte ». Misons sur
l’intelligence politique des communistes dans un débat où chacun soit en possession
de tous les éléments. Mon expérience de secrétaire fédéral me conduit à penser que
de nombreux communistes refusent de voir leur parti dépérir et souhaitent le
retour à l’initiative pour redonner un sens utile à leurs engagements. Parce
que ce sont des communistes attachés à leur parti, mais aussi des hommes et des
femmes confrontés aux difficultés de la vie et qui ont envie de contribuer à
des changements, pour eux, leur famille. Quel projet pour l’émancipation humaine ? La question de l’organisation politique est inséparable du
projet. Qu’entendons-nous par projet d’émancipation humaine ? Ce point mérite
d’être éclairci. Entendons-nous par projet d’émancipation, le projet du Parti
communiste français ? Si tel est le cas, cela mérite discussion. Pouvons-nous
penser un seul instant que le Parti communiste, même refondé, apportera seul
les réponses satisfaisantes aux enjeux qui aujourd’hui sont souvent d’ampleur
planétaire ? Je n’imagine pas qu’il soit en situation de le faire, ni en
interne ni dans un rapport exclusif parti et citoyens. Pour qu’émerge enfin un
projet d’émancipation humaine, nous devons prendre toute la mesure du chantier
à défricher, de l’épaisseur des questions à travailler. Ce travail ne peut être
conduit qu’avec toutes les sensibilités et les forces qui s’engagent
sincèrement dans la transformation progressiste de la société. Alors ce ne sera
pas du compromis mais une élaboration commune pour un projet partagé, une
élaboration qui ne pourra se passer de l’apport du communisme. Un travail commun où les différentes forces impliquées
seraient amenées à s’éprouver, dans ce cadre à l’intérieur du rassemblement -
et non pas à l’extérieur - le courant communiste pourrait prouver son utilité,
le militantisme communiste son efficacité. En l’état de ma réflexion, je pense que cette option est la
seule qui soit en mesure de faire vivre du communisme et de l’efficacité
politique. Il s’agit bien de constituer une force politique, sans gommer les
diversités. Elle ne portera le nom d’aucune des formations qui la composent.
Mais pour vivre, générer des dynamiques, elle aura besoin de tous ces courants
de pensées et particulièrement de la sensibilité communiste. Le processus sera long, certainement difficile. Il
nécessitera de nombreuses évaluations, des correctifs, rien ne se fera en un
jour de même qu’il est impossible de tout anticiper. Une chose me semble
sûre : cette construction sera commune ou ne sera pas. Pour être viable,
elle ne peut pas se réaliser autour d’un parti existant quel qu’il soit. C’est
la raison pour laquelle je pense que le « parti anticapitaliste » de
Besancenot ne peut viser d’autre ambition que celle d’une LCR élargie. S’agit-il pour autant de reproduire ce qui a échoué ? L’échec du rassemblement anti-libéral à Saint-Ouen invalide-t-il
la nécessité de travailler au rassemblement d’une gauche de contestation et de
propositions ? N’y a-t-il pas du monde disponible pour conjurer
l’enlisement social-libéral de la gauche ? Les socialistes ont-ils tous
envie de voir leur parti banaliser les alliances électorales et les
rapprochements politiques avec le MoDEM ? Les Verts, les militants
d’extrême gauche, les hommes et les femmes, syndicalistes, associatifs qui ont
participé sincèrement au mouvement des collectifs anti-libéraux n’aspirent-ils
pas à une autre gauche ? L’exemple allemand montre que, lorsque les forces de la
radicalité travaillent ensemble, le social-libéralisme peut être bousculé. De
plus en plus de communistes s’aperçoivent que leur parti ne peut rester plus
longtemps isolé, à moins de devenir un supplétif du Parti socialiste à l’instar
du Parti Radical qui, lui aussi, fut un grand parti et qui aujourd’hui, malgré
son réseau d’élus, n’existe plus dans les consciences. Retour sur la Présidentielle et sur le « choc » de
Saint-Ouen Un an après la campagne référendaire et la victoire du NON
de gauche, la dynamique unitaire qui a conduit à cette formidable
« insurrection démocratique », la victoire sur le CPE un peu plus
tard, le « choc » de Saint-Ouen était-il fatal ? Je persiste à penser qu’une candidature unitaire
représentative du rassemblement aurait été plus apte à bousculer le paysage
politique, et les résultats que nous avons obtenus en faisant « cavalier
seul» ne sont pas de nature à infléchir mon opinion. Nous n’y sommes pas
parvenus. Le Parti communiste a une responsabilité dans l’échec, celle
de n’avoir jamais préconisé une autre candidature que celle de Marie-George
Buffet. Autrement dit le rassemblement oui, mais il n’était conçu qu’autour du
parti. De fait Marie-George n’a jamais été la candidate des collectifs
unitaires, celles et ceux qui l’avaient choisie en décembre 2006, lors des
votes dans les collectifs pour représenter la diversité du rassemblement l’ont
fait dans le cadre unitaire qui existait alors. Ces hommes et ces femmes
étaient, avant tout, attachés à l’unité du mouvement. Lorsque la configuration unitaire a cessé d’exister, pour
beaucoup l’aventure était finie, pendant que d’autres tentaient de la
poursuivre avec José Bové. A partir de là, notre résultat à l’élection
présidentielle était prévisible. J. Bové et Marie-George Buffet se réclamaient
du même cadre politique, le rassemblement antilibéral, et à une virgule près,
du même programme, pendant que Besancenot se frayait son chemin dans l’espace
de la radicalité. Ce qui m’a conduit, lors d’un comité exécutif du parti de
février 2007, à intervenir en ces termes : « …Il ne suffit pas de dire
que l’espace politique existe objectivement pour que se rassemblent celles et
ceux qui veulent une politique de changement…Les attentes et les inquiétudes
sont grandes, des hommes et des femmes sont à la recherche d’une offre
politique efficace qui leur permette de peser, de compter dans cette élection.
La trouveront-ils dans la candidature de la gauche populaire et antilibérale ?
Peut-on espérer qu’un tel espace puisse être occupé pleinement par le seul
Parti communiste ? Que nous puissions engranger un rassemblement
suffisamment large, pour enrayer l’hégémonie du social libéralisme dans la
gauche française et faire vivre l’espoir d’une nouvelle voie à gauche ?.. Nul ne peut raisonnablement y croire. A moins de penser que
le rassemblement autour du parti est toujours d’actualité et de faire
abstraction des analyses que nous avons produites ces dernières années sur la
crise du communisme, de la politique. Ou encore de caresser l’espoir de peser,
d’influer sur le parti socialiste afin de le tirer davantage à gauche. » Mais sommes-nous les seuls responsables de l’échec ?
Non ! Il serait erroné de le prétendre. Pourquoi les collectifs, toutes
sensibilités confondues, tout en se réclamant d’une 6ème République et de
l’antiprésidentialisme, ont-ils focalisé tous les débats sur le nom du
présidentiable ? Pourquoi dans nos rapports avons-nous retrouvé la
prédominance des cultures politiques héritières du 20ème siècle ? Cette culture de rapport de forces a marqué toutes les
organisations ouvrières et révolutionnaires de ces derniers siècles, elle n’est
pas, sous bien des aspects, particulière au PCF. Pourquoi les collectifs, tout en engageant un début d’une
dynamique incontestable, n’ont-il pas réussi à gagner une dimension plus
populaire ? Pourquoi n’ont-ils pas réussi à gagner une plus grande
diversité, une mixité culturelle, en agrégeant les formes nouvelles de la
contestation sociale ? Je pense aussi à la jeunesse investie dans la lutte
anti-CPE. C’est peut-être cette absence de mixité culturelle qui constitue le
handicap pour prospecter de nouvelles voies dans les pratiques politiques.
Faire de la politique autrement ne se décrète pas. Il faudra construire une
nouvelle culture qui ne pourra se passer de l’apport des générations nouvelles.
Malgré les obstacles à surmonter, les échecs subis en 2006, je considère ce
rassemblement possible, à condition que la volonté politique de le construire
se manifeste, et en premier lieu, chez les communistes. Ce qui suppose de
travailler aux convergences nécessaires, de ne pas reproduire les mêmes travers
qu’en 2006, d’abord que les intérêts partisans ne priment pas sur l’intérêt
général - nous l’avons payé chèrement en 2007 - et c’est surtout notre peuple
qui en supporte aujourd’hui le coût le plus élevé. Un autre choix nous est proposé, celui de « révolutionner
la gauche …de prendre une grande initiative politique pour appeler à des fronts
citoyens et populaires, porteurs de grandes réformes »8. De quoi s’agit-il ? Cette idée ayant été formulée dans des réunions de Conseil
national, je la comprends comme des rassemblements à géométries variables en
fonction des sujets dans un rapport, que l’on peut imaginer, exclusif Parti
communiste / citoyens, puisque je note que rien n’est dit sur nos rapport
avec les forces politiques. Je crains que ce type de rassemblement engendre des
alliances électorales à la carte en fonction de la nature des élections, qu’il
ne soit pas, au bout du compte, repérable sur le plan politique, et sans
efficacité pour relever les deux défis que je souligne dans ce texte. Congrès de 2008, les communistes devront effectuer des choix
clairs. Je suis convaincu qu’aucun nouvel élan, aucune construction
nouvelle ne verra le jour sans que les communistes ne le décident
souverainement. C’est la raison pour laquelle je pense que le congrès de
2008 ne sera pas un congrès fondateur, mais un congrès de décisions. Les
communistes auront des choix clairs à effectuer, il faut donc créer les
meilleures conditions pour que chacun et chacune puissent se prononcer. Pour
cela il faut le débat sur l’ensemble des hypothèses ouvertes concernant le
parti et la stratégie. Expérimenter pour être en capacité de choisir Il faut aussi l’expérimentation. Comment est-il possible de
conceptualiser sans expérimenter ? A moins de nous contenter de répéter
les formules rituelles à l’approche de chaque congrès du genre : « nous
voulons un congrès ouvert sur la vie » pendant que les communistes
discutent en vase clos. Expérimenter ce n’est pas déposséder les communistes,
prendre des décisions sans eux, c’est vérifier la faisabilité des choix, c’est
aider à en mesurer les conséquences, c’est s’instruire du point de vue de la
pratique. C’est au terme d’un débat ouvert avec les citoyens, les forces désireuses de s’inscrire dans l’alternative, que les communistes pourront en toute connaissance de cause, en ayant toutes les cartes en mains, prendre lors de leur congrès la résolution de s’engager dans tel ou tel processus, dont l’aboutissement pourra donner lieu, si les conditions en sont réunies, à un autre congrès qui lui sera fondateur. Pour ce qui me concerne, je souhaite que nous débattions et que nous expérimentions, dans le même mouvement, sur la refondation du communisme et la refondation de la gauche. Les deux questions, je pense l’avoir démontré, me semblent indissociables. 1 Maurice Thorez dans une
déclaration donnée au journal anglais, disait : « Les progrès de la démocratie
à travers le monde, en dépit de rares exceptions qui confirment la règle,
permettent d’envisager pour la marche au socialisme d’autres chemins que celui
suivi par les communistes russes. » 2 Staline affirme que
l’Humanité passe obligatoirement par cinq stades : communisme primitif,
esclavage antique, féodalisme, capitalisme, socialisme (Joseph Staline,
Matérialisme dialectique et matérialisme historique, Ed. sociale, 1959) 3 Principes réaffirmés par
la déclaration des Partis communiste et ouvrier de 1960, publiés dans le
Manifeste de Champigny, 1968. 4 Introduction
de la partie sur le PCF dans la brochure « école élémentaire du parti
communiste français » édité en novembre 1972. 6 14 ème congrès du PCF,
congrès du Havre 1956. 7 Lire « Le communisme autrement »
chapitre 8, une formation politique à imaginer Roger Martelli Syllepse 1998 8 Allocution de clôture, MarieGeorge Buffet
Assemblée générale extraordinaire le 9 décembre 07 |
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