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Contributions au 34e congrès du Pcf
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Danielle BLEITRACH Le nécessaire respect du révolutionnaire Les Laboratoires du changement social, 19 mai 2008 Il y a une nécessité incontournable de l'action politique révolutionnaire qui me semble bien oubliée aujourd'hui, et pourtant on la retrouve affirmée dans toute l'histoire du mouvement révolutionnaire et communiste, il s'agit de la relation entre dirigeant et dirigés au sein de ce mouvement. Cette relation est basée sur un échange et un respect mutuel, ce principe que Gramsci rapprochait de la « pédagogie » où le maître et l'élève s'enseignent mutuellement une manière de comprendre mais aussi de transformer la réalité. Celui qui fait fi de ce principe ne peut que détruire l'organisation. Si je rappelle ce « fondamental », c'est que nous sommes aujourd'hui à un moment crucial où il risque de se passer en France ce qui vient de se passer en Italie, la fin de tout parti révolutionnaire et en corollaire, la montée de la haine fasciste face à la multiplicité des problèmes, la recherche d'un bouc émissaire dans plus pauvre que soi. Partons de ce qui s'est passé récemment et qui a conduit le PCF à moins de 2 % et a débouché sur l'élection d'un histrion comme président de la République, quelqu'un proche de Berlusconi tant par les excès de la personne que par le programme et les actions en faveur des plus riches. Je n'ai cessé de l'affirmer : la première erreur est celle de l'interprétation du NON au référendum. Les collectifs qui se sont créés à cette occasion ont redécouvert le bonheur de militer ensemble. Les militants communistes en ont gagné de la vigueur et quand le NON a gagné, il y a eu doublement fausse interprétation. Les collectifs et certains des responsables souvent autoproclamés ayant apporté des analyses précieuses mais techniques, dont beaucoup n'ont pas franchi un cercle étroit, se sont attribué cette victoire. Les militants du PCF de leur côté, qui savaient bien qu'ils avaient fourni le gros des troupes et des efforts, se sont également attribué cette victoire. Si on regardait comme je l'ai fait les votes d'un point de vue géographique, bureau par bureau, on ne pouvait manquer d'être frappé par le fait que c'étaient les zones d'ancienne implantation communiste qui avaient voté NON. Ceci m'avait conduit à écrire un article : « Ce n'est pas un vote de gauche, c'est un vote de classe ! » Malheureusement, chacun a poursuivi sur sa lancée, s'attribuant le mérite d'un NON sur lequel il aurait fallu beaucoup plus réfléchir. Les dirigeants actuels du parti ont commencé à surfer sur la double interprétation, le NON est dû au parti, le NON est dû au rassemblement des collectifs. Quelques temps, après le congrès du Parti communiste a décidé d'avoir un candidat communiste, ou plutôt une candidate puisqu'il ne faisait aucun doute que ce serait Marie-George Buffet. Dès le lendemain de cette décision du congrès, la direction actuelle a rassemblé un certain nombre d'intellectuels qui étaient censés représenter les collectifs et a lancé un appel à une candidature de rassemblement. Je l'ai dit à ce moment là : « Ou vous mentez aux non-communistes des collectifs ou vous mentez aux communistes ! » et vous allez vers la catastrophe. La catastrophe a été de prétendre mener ces deux chevaux à la fois sans respecter ni les uns, ni les autres. Le respect aurait été d'aller s'expliquer devant les collectifs avec franchise : « Voilà le congrès du PCF a décidé cela, voilà sur quelle base, nous vous proposons de vous associer à ce processus en toute clarté. » Cela n'a pas été fait et la LCR, qui a tout de suite vu ce qui se passait, s'est donné de mauvaises raisons mais dont elle savait qu'elles avaient de l'écho y compris chez les militants du PCF, le refus de la participation à quelque instance que ce soit avec les socialistes. Ce qui par parenthèse est stupide, incompréhensible sous cette forme pour la masse des Français qui en a assez de la politique du capital. On a vu aux récentes municipales que cela aboutissait au deuxième tour à voter sans condition pour le candidat socialiste en ayant au premier affaibli le plus souvent le candidat communiste. Il faudrait, toujours à propos de ces présidentielles, analyser le rôle de José Bové et la manière dont il a consisté jusqu'au bout à diviser le PCF sur des bases qui ne pouvaient que réjouir le PS et l'aider ultérieurement à reprendre un certain nombre de municipalités communistes comme on l'a vu dans la Seine-Saint-Denis et à Marseille. Bref, à cause d'un mensonge initial, d'un non respect des militants communistes comme d'ailleurs des militants des collectifs, nous nous sommes retrouvés dans la situation non d'un rassemblement mais d'une division à l'extrême. Et quand en repoussant toujours la décision, Marie-George Buffet s'est décidée à être candidate, elle a du pour sauver les meubles faire appel au seul parti. Si elle ne l'avait pas fait sur la base d'un patriotisme de parti, d'un réflexe identitaire, elle aurait fait encore moins. Si j'ai longuement insisté sur cet épisode catastrophique, c'est qu'il correspond à ce qui me révulse dans la direction actuelle du PCF et qui a souvent provoqué ce que certains appellent mes réflexes « excessifs », le non-respect et la manipulation qui aboutit consciemment ou inconsciemment à la liquidation. Quand je suis devenue membre du comité central, un ancien dirigeant, un héros de la résistance, m'a donné ce conseil : « Fais très attention, on ne dirige pas un communiste comme le militant du PS ou d'un parti de droite. Les militants communistes sont tous des chefs ». Je crois que ce qu'il voulait dire, c'est qu'un militant communiste, ou plus généralement révolutionnaire, doit transformer la société en toute conscience. Il faut à quelque niveau que ce soit qu'il déploie des trésors d'intelligence et d'abnégation, il faut qu'il mobilise et entretienne ses capacités individuelles autant que d'intégration à un collectif. Je voudrais rappeler ici quelques analyses mais il y en bien d'autres. Politzer quand il analyse la manière dont le nazisme fait appel à l'instinct des foules, l'instinct le plus bas, en l'occurrence le racisme, dit pour Hitler : « Il ne faut pas élever la masse par une propagande qui l'éclaire. Il s'agit de l'influencer en se servant des faiblesses engendrées et savamment entretenues en elle par le capitalisme ». Il explique que Hitler veut « une propagande "populaire", qui doit régler son niveau intellectuel d'après la capacité d'absorption du plus borné de ceux auxquels elle s'adresse ». Et Politzer explique « la propagande marxiste n'a jamais reculé devant l'immensité de la tâche qui consiste à porter, non seulement l'économie politique marxiste, mais encore le matérialisme dialectique devant les ouvriers des villes, comme devant les paysans, devant les métallurgistes parisien, comme devant le coolie chinois. Car le but de la propagande marxiste est d'éclairer et d'élever les masses en vue de leur libération. » (1) Tous les textes politiques communistes, tous les classiques témoignent de la même préoccupation qui est la même que celle de Robespierre, le peuple doit être la boussole, mais le peuple doit être sans cesse éclairé, éduqué, la décision politique vient de lui mais il ne faut pas lui mentir, le duper, entretenir les illusions ou le flatter dans les instincts les plus bas, les illusions engendrées par le capital lui-même. C'est d'ailleurs cela qui fonde la nécessité d'un parti. L'élaboration d'un savoir qui soit le chemin de son émancipation par l'action collective. Si nous avons oublié cela, je crois que c'est dû au désarroi qui nous a frappé à la chute de l'Unions soviétique et au fait que nous avons cherché les voies de notre survie dans la copie des autres et pas dans nos exigences spécifiques. C'est vrai de l'analyse révolutionnaire, que nous n'avons jamais faite, de cet effondrement. Ça l'est également de la manière dont nous ne sommes jamais partis de ce que nous sommes, de notre spécificité révolutionnaire pour tenter de nous transformer. De ce fait, la mutation n'a été qu'un alignement, une manière de prétendre nous faire accepter de la société capitaliste et du politicien, du médiatique. Au lieu de renforcer l'exigence démocratique véritable, celle qui nous aurait permis de donner à chaque militant une capacité accrue d'intervention, comme d'ailleurs à favoriser l'intervention populaire, nous avons singé l'irresponsabilité de la démocratie telle que le jeu politicien la caricature. Cette « démocratie » là est de plus en plus coupée de la solution des problèmes par l'intervention populaire et nous avons donc favorisé la démission et l'enfermement. C'était difficile, je le reconnais, et toutes les forces progressistes ont été frappées avec nous. J'ai retrouvé chez Fidel, chez le Che a contrario cette exigence politique, cette volonté de partir de soi, de la volonté d'indépendance, d'égalité et d'aller jusqu'au bout des possibles, y compris quand la réalité vous impose des compromis. Comment les faire sans hypothéquer l'avenir, la révolution ? Et l'on ne comprend rien à la formidable résistance du peuple cubain si l'on fait abstraction de cette éducation, qui est aussi la politique comme une exigence morale, un respect profond et une foi en l'humanité. (2) Il faut ne pas avoir peur de la critique mais la mener à partir de ce à quoi nous aspirons : « Aucun ennemi ne va nous critiquer mieux que nous ne nous critiquons nous-mêmes. Parce que nous savons mieux que nos ennemis où sont nos problèmes. Eux ne le savent pas. Et nous ôtons même des armes à l'ennemi, nous le laissons sans armes. »(p.142)ou encore : « Nous n'imposons rien au travailleur, nous le persuadons : voilà ce qui te convient comme citoyen, ce qu'il convient à ton lieu de travail, à ton pays, à ta patrie, à ton peuple. Nous travaillons par la persuasion, non par des oukases. Il est facile de promulguer des oukases ; ce qui est difficile, c'est de faire les choses par des moyens politiques, par des moyens intelligents. Cela oblige bien souvent à aller lentement, mais il est préférable d'aller lentement parce qu'on va plus loin, que de courir et d'arriver moins loin, d'arriver plus près que de n'arriver nulle part ou de reculer » (p.190). Les communistes n'ont cessé ces dernières années d'être apeurés, manipulés. On leur a fait sans cesse la démonstration de leur impuissance. Sur un parti sur lequel le dogmatisme avait fait des ravages mais qui, malgré ce dogmatisme, s'était toujours caractérisé par un lien fort avec son pays, autant qu'un internationalisme, une attention aux victimes, un courage politique, on a utilisé la défaite pour le couper de toutes ces traditions politiques. On ne remontera pas le courant en un jour et ce congrès ne sera ni la fin du parti, ni de cette aliénation du militant. Mais il doit être l'occasion d'une avancée, d'un approfondissement. Donc, je crois que si l'on veut avoir un parti révolutionnaire, il ne faut aucun acte spectaculaire. Il faut toujours penser tous nos actes en fonction de cette exigence. On ne fera pas le socialisme avec les recettes du capitalisme, la personnalisation, la médiatisation, le coup d'éclat. Il faut se donner les moyens d'élever les consciences par une connaissance toujours plus claire de la réalité, par la vérité face à l'action collective. Il faut respecter la volonté des militants parce que c'est d'elle que tout dépend. Il faut avoir conscience de la dureté de la tâche et que l'urgence ne nous démobilise pas à chaque baroud d'honneur. Voilà une des raisons pour lesquelles je pense qu'il faut non seulement changer de politique mais aussi de dirigeants.. Nous n'aurons pas tout de suite le parti et les dirigeants qui correspondent aux exigences de l'heure, mais il faut partir de ce qui existe et sans lequel rien ne pourra avoir lieu, la volonté d'en finir avec cette société d'injustice, la volonté encore embryonnaire de changer le monde. Elle est en phase avec la colère qui monte dans notre peuple même si elle n'a pas les moyens non plus de dessiner toute l'issue, toute la perspective. Elle s'engage en ce sens au lieu d'aller vers les manœuvres et les magouilles d'appareil. Danielle Bleitrach (1) Politzer contre le nazisme, Editions Sociales, p.86-87 (2) Sur tout ces aspects, je vous recommande notre livre, non parce que j'en suis le co-auteur mais parce qu'il a été écrit en fonction de cette réflexion sur la force politique dont nous avons besoin, sur ce qu'est le socialisme. Danielle bleitrach, J.F.Bonaldi avec la collaboration de Nicole Amphoux, Cuba, Fidel et le Che ou l'aventure du socialisme, Editions le temps des cerises, mars 2008. |
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