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Contributions au 34e congrès du Pcf
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Gauche communiste du PCF Réflexions en vue de la préparation au 34e congrès du PCF Table des matières a- Le marxisme doit-il être la principale référence des communistes français du 21e siècle?b- Actualité de la lutte de classes c- Le rôle central de la classe ouvrière d- Les communistes et l'Etat e- Réforme ou révolution ? f- Sur les révolutions socialistes du 20e siècle g- Quels apports du Pcf à la construction de notre pays ? h- Libéralisme économique et capitalisme i- L'impérialisme aujourd'hui j- L'Union européenne, un horizon indépassable ? k- Pour un renouveau du Parti communiste l- Crise de l'enseignement ou crise de l'éducation populaire révolutionnaire m- La forme parti est-elle "dépassable" ? n- Pour une convergence anti-capitaliste o- Quel socialisme aujourd'hui ? p- Pour une Ve Internationale a- Le marxisme doit-il être la principale référence des communistes français du 21e siècle ?Validité et actualité du marxismeDans la bataille idéologique à laquelle sont confrontés les communistes, une des principales attaques concerne la validité et l’actualité du marxisme. On nous reproche de nous arrimer au marxisme comme à une religion, alors que les analyses de Marx seraient « dépassées » et périmées. Premièrement, les écrits de Marx, comme ceux des principaux théoriciens marxistes, ne sont pas une Bible. Marx était un théoricien tout autant qu’un chercheur. Sa réflexion s’est enrichie au fur et à mesure de ses recherches. La pensée de Marx n’a donc rien de monolithique. Elle n’est pas plus une Bible que les écrits des économistes anglais du 18e siècle (Ricardo, Adam Smith) qui servent d’armature idéologique aux tenants du capitalisme. Marx a révolutionné la vision philosophique, politique et économique de son époque en mettant en lumière les principales étapes du développement du capitalisme, le rôle de la lutte de classes dans l’Histoire, les mécanismes de la plus-value, l’idéalisme et le matérialisme, etc. La pensée de Marx a été d’une telle richesse qu’après lui, de nombreux théoriciens ont repris ses travaux, les ont contestés, discutés, enrichis, affinés... Les milliers de chercheurs à travers le monde qui continuent à travailler à partir de ce que Marx a écrit il y a plus de 150 ans sont la preuve vivante de l’actualité du marxisme. Deuxièmement, le marxisme est une démarche scientifique, basée sur l’analyse du réel. Marx propose une méthode d’analyse et un certain nombre de clés de lecture des réalités économiques et sociales de son époque, qui restent parfaitement d’actualité dans le temps présent. Faire table rase du marxisme ?Par rapport au 19e siècle, les rapports d’exploitation décrits par Marx restent identiques. Seuls les modes d’exploitation se sont modernisés. La lutte des classes est non seulement toujours d’actualité, mais elle s’aiguise au fur et à mesure où la crise du capitalisme s’aggrave par la recherche du plus haut taux de profit. La plus-value se réalise plus que jamais sur le travail salarié : l’augmentation régulière de la classe ouvrière dans le monde en est la meilleure illustration. Quant à l’impérialisme, il n’a jamais été aussi poussé qu’actuellement : la concentration du capital a atteint un degré que Marx lui-même n’aurait pas imaginé. Les communistes du 21e siècle peuvent-ils faire table rase du marxisme ? Non seulement ils ne le peuvent pas, mais ils ne le doivent pas. Nous retournerions autrement dans les méandres du socialisme romantique et utopique, dénonçant l’exploitation lorsqu’elle est trop criante, déplorant ses conséquences sur notre société, sans avoir les armes pour combattre notre principal adversaire, le capitalisme. C’est également l’apport de Marx d’avoir compris et tenté de mettre en pratique une idée phare : les exploités, les prolétaires n’ont pas les mêmes intérêts que la bourgeoisie. Pour faire cesser l’exploitation, la classe ouvrière doit s’organiser de manière indépendante afin de défendre ses intérêts et de prendre le pouvoir à la bourgeoisie. C’est pourquoi nous pensons que le marxisme reste la principale référence pour les communistes du 21e siècle. b- Actualité de la lutte de classesLe Manifeste du Parti Communiste de 1848, de Karl Marx et Frédéric Engels, débute par ces mots : « L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes[…] « Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat […] « La grande industrie a créé le marché mondial […] Le marché mondial accéléra prodigieusement le développement du commerce, de la navigation, des voies de communication. Ce développement réagit à son tour sur l'extension de l'industrie et, au fur et a mesure que l'industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer se développaient, la bourgeoisie grandissait, décuplant ses capitaux et refoulant à l'arrière-plan les classes léguées par le moyen âge […] « La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux […] « Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations […] « Mais la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires […] « A mesure que grandit la bourgeoisie, c'est-à-dire le capital, se développe aussi le prolétariat, la classe des ouvriers modernes […] « Le prolétariat passe par différentes phases d'évolution. Sa lutte contre la bourgeoisie commence avec son existence même […] « Mais toute lutte de classes est une lutte politique […] « Cette organisation du prolétariat en classe, et donc en parti politique […] « De toutes les classes qui, à l'heure présente, s'opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire […] « La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, bien qu'elle ne soit pas, quant au fond, une lutte nationale, en revêt cependant tout d'abord la forme. Il va sans dire que le prolétariat de chaque pays doit en finir, avant tout, avec sa propre bourgeoisie […] « Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables. » Oui la lutte des classes est d’actualité ! La lutte des classes, moteur de l’HistoireLa lutte des classes est le moteur de l’histoire jusqu’à nos jours ! La lutte des classes existe en dehors de la conscience que nous en avons. Quand cette réalité objective se conjugue avec la force subjective de la conscience de classe elle peut devenir révolutionnaire. Les mots qui symbolisent le mieux la théorie marxiste sont : « lutte des classes ». Elle est à la fois principe et processus, elle rejette donc le dogmatisme ouvriériste et l’opportunisme réformiste. Elle est principalement de tendance révolutionnaire puisqu’elle modifie les rapports d’exploitation. L’analyse marxiste de toutes les questions est avant tout une analyse de classe. Le concept de lutte de classe souligne le caractère inconciliable des contradictions sociales résultant de la recherche du profit capitaliste. Les utopies humanitaires et réformistes antilibérales d’aujourd’hui sont sur le fond en contradiction avec le concept de lutte de classe. Il n’y a pas de « 3ème force » ou de « médiation » possibles. La bourgeoisie (capitaliste) est à la fois classe et superstructure par la détention du pouvoir d’Etat. Il n’y a pas de révolution sans la prise politique du pouvoir d’Etat par la classe ouvrière qui devient classe dominante. Les rapports sociaux sont des rapports de classes, l’Etat est un Etat de classe et le parti de la révolution socialiste ne peut qu’être un parti de lutte de classe et avant tout le parti des ouvriers. Le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels souligne à juste titre que l’histoire jusqu’à nos jours n’a été que celle de la lutte des classes. L’un des buts des communistes, c’est « le communisme » qui sera une société sans classe. Cela ne signifie pas la fin des contradictions sociales, mais leurs caractères inconciliables disparaissent. Le fait que la lutte des classes existe en dehors de la conscience que nous en avons, explique les événements révolutionnaires ne peuvent être « fabriqués ». La lutte entre bourgeoisie et prolétariat, entre capital et travail, est une lutte inconciliable qui à terme verra la disparition de la bourgeoisie et du capital et l’apparition d’une nouvelle société en une nouvelle organisation de la société. Malgré les modifications de la classe ouvrière en France et dans le monde, elle représente plus de 30 % de la population active et continue de progresser au plan mondial. Un Parti Communiste ne peut pas être autre chose qu’un parti révolutionnaire de lutte de classes. c-Le rôle central de la classe ouvrièreLa classe ouvrière est historiquement au cœur de la pensée marxiste comme elle est au cœur du projet communiste. Son existence pose l’existence de la division de la société en classes. Nier son rôle libérateur, c’est nier l’essence de la doctrine communiste. Cette fonction, la classe ouvrière ne peut l’acquérir seule par elle-même. C’est pourquoi elle a besoin d’un parti révolutionnaire qui la guide. Quand ce parti cesse d’être révolutionnaire, qu’il veut la fusion du point de vue de classe au sein d’un projet fourre-tout, visant à rassembler de façon indifférenciée tous les salariés, ou toutes les « victimes » du système, la conscience historique de cette classe disparaît et elle redevient un simple groupe sociologique, traversé de toutes les contradictions sociales et sociétales que vivent ceux qui connaissent des conditions d’existence de plus en plus précaires. Unification politique et économique de la classe ouvrièreLa tâche centrale d’un parti communiste révolutionnaire, c’est l’unification politique et économique de la classe ouvrière, en vue de sa mission historique, construire une société sans classes et sans Etat : le communisme. En France, le Parti communiste a échoué dans cette mission. Le Parti communiste, du fait de son histoire, est depuis la Libération essentiellement le représentant de l’aristocra,tie ouvrière. Il n’a mené aucune activité systématique d’implantation dans les fractions déqualifiées, voire « exclues », de cette même classe. C’est en leurs sein que la population connaît les conditions de vie les plus précaires, les salaires les plus bas, etc. On y rencontre le moins de syndiqués, le moins d’impliqués dans les associations. Ce sont ces fractions qui aujourd’hui connaissent le procès de prolétarisation le plus dur. C’est pourquoi ce sont dans ces espaces de vie que se rencontrent et se vivent les difficultés les plus criantes. La révolte de 2005 s’est faite au sein de ses fils et de ses filles. Gangrenées par l’électoralisme, ne survivant que sous perfusion de l’appareil d’Etat, par et pour « la politique sociale », les directions successives du Pcf depuis 30 ans ont été, à la différence des fascistes, incapables de reprendre et développer à leur profit les stratégies d’implantation ou de réimplantation systématique dans ces milieux. Le refus du travail « illégal » est la source de l’opportunisme rappelait fort justement Lénine. Il est beaucoup plus valorisant, pour nos élus, pour nos permanents, de concevoir des stratégies de fusion-disparition avec la petite bourgeoisie dans une fumeuse « révolution informationnelle », que de travailler à donner des armes et un soutien à ceux qui pourraient ne pas accepter spontanément l’état actuel de la division manuelle et intellectuelle du travail. C’est pourquoi nous considérons que seule la réimplantation du point de vue communiste à l’entreprise peut sauver le parti de la dérive suicidaire de ce courant liquidateur dont il est aujourd’hui victime. Quand nous disons à l’entreprise, nous disons dans toutes les entreprises. Les communistes doivent redonner aux syndicats une claire orientation de lutte de classe, mais ils doivent aussi développer de claires action et réflexion sur la nature des forces productives et la qualité des rapports de production qu’ils entendent promouvoir après l’échec du capitalisme d’Etat dans les formations sociales d’Europe de l’Est. Pour offrir à la classe ouvrière un avenir autre que le capitalisme, l’abolition de l’appropriation privée des moyens de production est vitale, mais insuffisante. Il faut s’inquiéter du poids et de la nature du pouvoir des travailleurs dans les entreprises arrachées à la propriété privée. Il faut redonner tout son sens au beau mot de collectivisme. d-Les communistes et l’EtatL’Etat, forme d’organisation juridique de la nation, reflète les rapports sociaux. Notre pays, industriellement développé, est composé de classes sociales antagonistes. L’une d’elles est dominante, la grande bourgeoisie capitaliste. Antagonisme bourgeoisie / classe ouvrièreL’antagonisme qui existe entre cette bourgeoisie et la classe ouvrière est de plus en plus exacerbé, les principales raisons en étant « l’accumulation de plus en plus importante du surplus capté sur le travail ». En regard, le développement de la conscience et de la lutte de la classe ouvrière : dans la période de 1936 à1968, elle a réussi par ses combats (également aidée par la présence d’une force anti-capitaliste mondiale) à conquérir des droits sociaux très importants tels que la sécurité sociale, la retraite par répartition, les droits du travail, les conventions collectives, les comités d’entreprises, les congés payés, les 40 puis les 39 et 35 heures, et les nationalisations (même si, échappant au contrôle des salariés, elles n’ont pas réellement servi à la socialisation de la société). En 1945, ces nationalisations ont été acceptées par la bourgeoisie, incarnée par le gaullisme, pour redresser l’économie d’après-guerre. Elles ont transformé l’Etat en « Etat patron ». Les comités d’entreprise ont manqué de droits de contrôle sur la gestion et les orientations industrielles des entreprises nationalisées. Des droits plus étendus auraient dû inclure des représentations ateliers par ateliers, pour étendre le pouvoir des salariés et s’attaquer à la division technique et sociale du travail. Renforcement du pouvoir policier de l’EtatL’Etat, dans cette période, a renforcé son pouvoir, notamment policier, pour réagir contre la montée « en force » des luttes sociales. Il est devenu producteur de sécurité, ce qui parait nécessaire en regard de la violence qu’il fait naître, causée par l’accroissement de la misère, du chômage, de l’urbanisation de classe. En contre-partie, ceci engendre un ordre public qui, tout en réprimant les classes sociales opprimées, tend alors à pacifier la vie sociale. Par exemple, la création par Jules Moch (ministre socialiste) des « Compagnies républicaines de sécurité » (CRS), ont servi en tout premier lieu à la répression des mineurs en grève. Les CRS sont utilisés aujourd’hui pour « karchériser » les banlieues. Les communistes préconisent le dépérissement, puis la disparition de l’Etat en tant qu’appareil de domination de classe pour le remplacer (selon l’expression de F. Engels) « par le gouvernement des choses ». Selon Gramsci, ce dépérissement pourrait se faire par le renforcement politique des masses « auto-gouvernées » en mettant en place des formes multiples d’intervention citoyenne dans la société civile, l’Etat devenant le « veilleur de nuit », c'est-à-dire le gardien de la nouvelle structure sociale, jusqu’à perdre sa raison d’être et disparaître. e-Réforme ou révolution ?Le travail n’est pas un marché comme les autres, il est fondé sur l’exploitation des travailleurs afin d’extraire de la plus-value. L’évolution du taux de profit s’inscrit dans une tendance à la baisse et voue le capitalisme à sa fin. Cette réalité n’est pas mécanique, face aux crises qui accompagnent l’histoire du capitalisme, celui-ci trouve toujours un moyen de repousser sa crise à un nouveau niveau, en aggravant l’exploitation. Intervention consciente des travailleursSeule l’intervention consciente des travailleurs, aidée par le Parti Communiste, peut transformer l’une de ces crises en révolution, condition centrale de tout changement de société. Dans son livre Réforme sociale ou révolution ?, Rosa Luxemburg à la fin des années 1880, résume et répond très bien cette question : « La social-démocratie (le Parti Communiste aujourd’hui) peut-elle donc être contre les réformes sociales ? Ou peut-elle opposer la révolution sociale, le bouleversement de l'ordre établi, qui est son but final, à la réforme sociale ? Assurément non ! Pour la social-démocratie, lutter à l'intérieur même du système existant, jour après jour, pour les réformes, pour l'amélioration de la situation des travailleurs, pour des institutions démocratiques, c'est la seule manière d'engager la lutte de classe prolétarienne et de s'orienter vers le but final, c'est-à-dire de travailler à conquérir le pouvoir politique et à abolir le système du salaire. Entre la réforme sociale et la révolution, la social-démocratie voit un lien indissoluble : la lutte pour la réforme étant le moyen, et la révolution sociale le but. Ces deux éléments du mouvement ouvrier, nous les trouvons opposés pour la première fois dans les thèses d'Edouard Bernstein (l’idole des socialistes d’aujourd’hui), telles qu'elles sont exposées dans ses articles sur les « Problèmes du socialisme », parus dans la Neue Zeit en 1897-1898, ou encore dans son ouvrage intitulé Die Voraussetzungen des Sozialismus und die Aufgaben der Sozialdemokratie. 1. Sa théorie tout entière tend pratiquement à une seule chose : à nous faire abandonner le but final de la social-démocratie, la révolution sociale, et à faire inversement de la réforme sociale, simple moyen de la lutte de classe, son but ultime. Bernstein lui-même a formulé ses opinions de la façon la plus nette et la plus caractéristique, en écrivant : « Le but final, quel qu'il soit, n'est rien, le mouvement est tout ». Le but final : le socialismeOr le but final du socialisme est le seul élément décisif distinguant le mouvement socialiste (communiste aujourd’hui) de la démocratie bourgeoise (des socialistes) et du radicalisme bourgeois, le seul élément qui, plutôt que de donner au mouvement ouvrier la vaine tâche de replâtrer le régime capitaliste pour le sauver, en fait une lutte de classe contre ce régime, pour l'abolition de ce régime. Ceci étant, l'alternative posée par Bernstein, « réforme sociale ou révolution », équivaut pour la social-démocratie à la question être ou ne pas être. Dans la controverse avec Bernstein et ses partisans (d’aujourd’hui), ce qui est en jeu - et chacun, dans le parti (communiste), doit en être conscient - c'est non pas telle ou telle méthode de lutte, non pas l'emploi de telle ou telle tactique, mais l'existence tout entière du mouvement socialiste (communiste). Or, il est doublement important pour les travailleurs d'en avoir conscience parce que c'est d'eux, très précisément, qu'il s'agit et de leur influence dans le mouvement, parce que c'est leur propre peau qu'on veut vendre ici. Le courant opportuniste à l'intérieur du parti, qui a trouvé, grâce à Bernstein, sa formulation théorique, n'est rien d'autre qu'une tentative inconsciente d'assurer la prédominance aux éléments petit-bourgeois venus au parti, et d'infléchir la pratique, de transformer les objectifs du parti dans leur esprit. » Un vrai Parti Communiste doit inscrire sa politique, sa lutte, sa stratégie pour la révolution socialiste sans l’opposer à la lutte quotidienne pour améliorer la vie des travailleurs par la réforme. Aujourd’hui au degré actuel de l’exploitation capitaliste, dans le cadre de la mondialisation impérialiste, la marge pour la réforme est de plus en plus étroite. Résultat, dans ces conditions, participer à un gouvernement qui n’a pour but que la réforme, c’est à coup sûr la trahison et par exemple le gouvernement de la Gauche plurielle qui a privatisé plus que le gouvernement de droite. f-Sur les révolutions socialistes du 20e siècleLa criminalisation du communismeAujourd’hui, l’idée dominante est que fascisme et communisme ont été les deux « totalitarismes » qui ont marqué tragiquement le 20e siècle et que le communisme est liberticide. Cet état de fait est pour beaucoup dans l’actuelle marginalisation électorale des communistes français. Par son histoire, le PCF apparaît en effet solidaire de l’histoire de l’URSS (contrairement à la LCR, par exemple). Il est vrai qu’il a fallu attendre les années soixante-dix pour que les communistes français prennent leurs distances d’avec le modèle soviétique. Mais la critique qui avait été engagée dans ces années s’est changée en une capitulation et, pratiquement, en un ralliement au discours dominant. Après avoir été un temps présentées comme le paradis, l’URSS et les autres expériences socialistes sont maintenant assimilées à l’enfer. Les communistes qui acceptent cette criminalisation de l’histoire du communisme, non seulement signent leur propre condamnation, mais qu’ils le veuillent ou non, contribuent à condamner toute espérance d’une transformation sociale véritable. Quatre-vingt dix ans après Octobre et près de vingt ans après la chute du mur, il est grand temps d’agir pour faire prévaloir une vision plus objective et historique. Nous ne pouvons pas faire l’économie d’une analyse sérieuse et d’une bataille idéologique sur ce terrain de l’histoire du socialisme au 20e siècle. La révolution d’Octobre, puis les révolutions chinoise, cubaine et vietnamienne ont ouvert une nouvelle époque de l’histoire humaine. Les peuples qui ont mené ces révolutions, dans des conditions très difficiles, ont fait preuve d’héroïsme. L’abolition de la propriété privée des moyens de production, la planification et la mobilisation de toutes les énergies leur ont permis d’accomplir des progrès spectaculaires, au plan économique, social et culturel. Personne ne devrait oublier aujourd’hui le rôle de premier plan qu’a joué l’URSS dans la défaite du nazisme. Après guerre, l’existence d’un camp socialiste a fortement modifié le rapport des forces international, empêché l’impérialisme de dominer le monde, encouragé les mouvements de libération des peuples et des bourgeoisies nationales, et a même contraint les principaux pays capitalistes, du fait de la compétition entre systèmes, à mettre en œuvre des politiques sociales (parfois qualifiées d’Etat providence et que les politiques ultra-libérales tentent aujourd’hui de remettre en cause). Immaturité des conditions historiquesMais l’immaturité des conditions historiques dans ces pays de la périphérie du système, ajoutée à l’hostilité du monde capitaliste, à la course aux armements et à l’isolement dans lesquelles se sont menées ces expériences les ont dramatiquement handicapées. L’objectif de rattraper le capitalisme, de bâtir une industrie lourde, d’édifier des Etats forts et des armées a favorisé des conceptions despotiques du socialisme, niant de manière volontariste la nature contradictoire de la transition socialiste où coexistent pour une longue durée les logiques communiste et capitaliste et où une certaine lutte des classes se poursuit et doit pouvoir s’exprimer. L’impératif économique retenu comme seul critère a fait que la logique capitaliste l’a finalement emporté sur la volonté de créer de nouveaux rapports sociaux, fondés sur la coopération, l’autogestion, la souveraineté des hommes et des femmes. Rapidement, la démocratie des soviets, le libre débat dans les partis et dans la société ont été supplantés par des méthodes administratives et bureaucratiques de commandement qui ont conduit à la dépolitisation des masses, à l’incapacité à évoluer, notamment à s’adapter à la nouvelle révolution industrielle de l’automation et de l’informatique, et a finalement conduit à l’échec. Dans ces conditions de répression de la lutte des classes, beaucoup de dirigeants des ces pays ont progressivement abandonné l’idéal communiste, se sont convertis aux conceptions capitalistes et ont fini par se débarrasser des contraintes du socialisme pour privatiser l’économie à leur profit. L’histoire des révolutions socialistes du 20e siècle est donc à la fois héroïque et tragique. Ces révolutions qui ont voulu abolir l’exploitation n’ont finalement pas réussi à surmonter l’aliénation économique et politique sur laquelle s’appuie le capitalisme. Les révolutionnaires qui vivent et luttent dans les pays au cœur du système impérialiste, là où le capitalisme est le plus développé et où les bases matérielles de son dépassement sont les plus mûres, ont donc une responsabilité particulière pour imaginer ce que peut être le socialisme du 21e siècle et contribuer à réouvrir les voies du futur. g-Quels apports du Pcf à la construction de notre pays ?Le premier apport décisif du Pcf à la société française est d'avoir su structurer et organiser le courant révolutionnaire à gauche. Pourquoi avoir créé le Pcf ? Tout simplement parce que le capitalisme est alors jugé responsable de la boucherie sans précédent qui a tué des millions d'hommes de 1914 à 1918. Le congrès de Tours condamne également le fait que les directions socialistes ne se sont pas opposées à la guerre. Les circonstances de la création du Parti communisteLe mouvement en faveur de la création du Pcf est motivé par une double volonté : condamner le passé, le socialisme de guerre et sa participation à l'« Union sacrée », et manifester un acte de foi en l'avenir symbolisé par la révolution russe, révolution qui a arrêté la guerre, donné la terre aux paysans et le pouvoir aux ouvriers. Cette double volonté se manifeste par une forte contestation de la dérive électoraliste et parlementaire de la Sfio. Certaines des vingt et une conditions d'adhésion à l'Internationale communiste sont d'une saisissante actualité : - nécessité « de dénoncer autant que le social-patriotisme avoué le social pacifisme hypocrite et faux ; il s'agit de démontrer systématiquement aux travailleurs que sans le renversement révolutionnaire du capitalisme, nul tribunal arbitral international, nul débat sur la réduction des armements, nulle réorganisation « démocratique » de la Ligue des Nations ne peuvent préserver l'humanité des guerres impérialistes » (sixième condition). - « tout parti appartenant à la III° Internationale a pour devoir de dévoiler impitoyablement les prouesses de "ses" impérialistes aux colonies, de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d'émancipation dans les colonies, d'exiger l'expulsion des colonies des impérialistes de la métropole » (huitième condition). - « les partis désireux d'appartenir à l'Internationale communiste ont pour devoir de réviser la composition de leurs fractions parlementaires, d'en écarter les éléments douteux, de les soumettre, non en paroles mais en fait, au Comité central du parti, d'exiger de tout député communiste la subordination de son activité aux intérêts véritables de la propagande révolutionnaire et de l'agitation » (onzième condition). - « L'Internationale communiste a déclaré une guerre sans merci au vieux monde bourgeois tout entier et à tous les vieux partis social-démocrates jaunes. Il importe que la différence entre les partis communistes et les vieux partis "social-démocrates" ou "socialistes" officiels, qui ont vendu le drapeau de la classe ouvrière, soit plus nette aux yeux des travailleurs » (dix-septième condition). Une véritable organisation de classeOn voit bien ici l'apport décisif du Parti communiste : création d'une véritable organisation de classe dégagée de toute influence de la bourgeoisie et en rupture totale avec la pénétration de l'idéologie bourgeoise (social-patriotisme, réformisme, opportunisme, social-impérialisme). La I° Internationale visait un rassemblement de toutes les formes d 'organisation propres à la classe ouvrière (syndicats, coopératives, partis...) et de tous les courants d'opinion existant au sein de la classe ouvrière. Cela se traduisait par un affrontement idéologique constant entre les divers tendances (révolutionnaire, réformiste...) et des insuffisantes criantes d'organisation du mouvement ouvrier. La II° Internationale se distinguait de la I° par une nette affirmation dès le départ en faveur du socialisme : mais les communistes continuaient à agir au sein des organisations ouvrières de classe. Au contraire, avec la création des partis communistes, les communistes n'agissent plus au sein du parti de classe mais constituent par eux-même le parti de classe. Avec la création du Pcf, c'en est fini d'une unité de façade qui masque les impuissances et les trahisons : il n'est dorénavant d'unité que sur une base révolutionnaire. La transformation « d'un parti de vieux type parlementaire, réformiste dans ses actes, et légèrement coloré d'une teinte révolutionnaire, en un Parti de type nouveau, un Parti réellement révolutionnaire, réellement communiste » (Lénine) constitue la base théorique et organisationnelle décisive de l'apport du Pcf à la gauche en France, donc à la société française. Un apport politique décisifComment cela se traduisit-il en réalité ? Dès sa fondation, le Pcf a combattu l'impérialisme et le Traité de Versailles. Lorsque, conformément aux vœux de l'oligarchie française, Poincaré fit occuper la Ruhr, le Pcf appela les soldats français à fraterniser avec les travailleurs d'Allemagne. En 1925, se différenciant toujours aussi nettement de l'ancienne Sfio dans la lutte contre la domination coloniale française, le Pcf organise des grèves et des manifestations contre l'intervention militaire française au Maroc espagnol. L'initiative du Front Populaire est le fait du Pcf : elle est rendue publique par une série d'interventions qui se succèdent à partir du 9 octobre 1934, lorsque les délégués communistes au Comité de coordination offrent à la Sfio d'étendre le pacte d'unité d'action socialiste-communiste à des forces nouvelles. Ainsi, le Pcf s'efforça de rallier autour du front unique prolétarien les classes moyennes et de constituer un front populaire pour le pain, la paix et la liberté. Le Front populaire triomphe aux élections de mai 1936 , et le Pcf double presque ses voix et son nombre d'adhérents. Les résultats du Front populaire sont remarquables pour le monde du travail : réduction de la durée du travail à 40 heures, congés payés pour tous (deux semaines), relèvement important des salaires, véritables conventions collectives, délégués élus du personnel. En cette même année 1936, le Pcf s'élève contre la non-intervention en Espagne et demande qu'on envoie à la République espagnole tout ce dont elle a besoin. À l'appel du PC, 8 000 Français, communistes ou non, dont 3 000 y laisseront la vie, se portent volontaires dans les Brigades Internationales pour combattre le fascisme sur le sol espagnol. Le 28 septembre 1938, Chamberlain et Daladier signent avec Hitler et Mussolini des accords qui livrent la Tchécoslovaquie à l'Allemagne nazie : seuls, en tant que parti, les communistes s'opposent à cette capitulation. Dès le début de la Résistance, le Pcf dénonce avec fermeté le pouvoir vichyssois et sa collaboration avec les nazis. Les communistes participèrent activement à la manifestation étudiante du 11 novembre 1940 sur les Champs-Élysées ; ils furent les instigateurs de la grande grève des mineurs de mai 1941 dans le Nord-Pas-de-Calais. Le Pcf met sur pied « l'organisation spéciale » (l'OS, dont la reconnaissance officielle en tant qu'organisation armée date d'octobre 1940). En avril 1941, le Pcf prend l'initiative de former le Front national pour la liberté et l'indépendance de la France. Si les communistes ne furent pas toute la Résistance, ils y tinrent une place essentielle : le Pcf fut le parti politique français qui paya le plus cher sa participation au combat contre les nazis et leurs collaborateurs. Le bilan des gouvernements de la Libération auxquels participèrent les communistes fut considérable au plan économique et social : nationalisation de l'industrie charbonnière, de l'énergie (gaz et électricité), des banques de dépôt, de onze groupes d'assurances, de grandes entreprises comme Renault. Thorez impulse la création du statut de la fonction publique, Ambroise Croizat crée le plan de sécurité sociale pour tous. Les communistes français furent à l'avant-garde du combat contre la guerre atomique et pour l'interdiction des armes nucléaires. Un communiste, Frédéric Joliot-Curie, devient président du Mouvement mondial pour la paix (crée en avril 1949). Cinq cents millions de personnes (douze millions en France) s'associent à « l’Appel de Stockholm » contre l'armement nucléaire. Le Pcf, toujours dans sa logique internationaliste, mena le combat pour la paix au Vietnam en dénonçant l'injustice d'une guerre contre un peuple qui voulait simplement être indépendant. Dès le début de l'aventure d'Indochine, le Pcf conduit une campagne incessante de solidarité avec le peuple vietnamien, fidèle en cela à sa tradition anticolonialiste. C'est ce même anticolonialisme qui va amener le PC à condamner les autres guerres de répression à Madagascar, au Maroc, en Tunisie, en Algérie, en Afrique Noire. En Algérie, les communistes français se prononcèrent dès le début du conflit pour une solution politique : le Pcf fut la seule formation politique française à prôner, dès le début de l'insurrection algérienne, la négociation avec ceux qui dirigeaient le combat des Algériens, avec le Fln. Ensuite, le Pcf mena une campagne active pour la paix en Algérie. En 1968, le Pcf, malgré ses insuffisances, est partie prenante des grèves et manifestations qui aboutissent à des avancées considérables : augmentation générale des salaires et des retraites (35 % de hausse pour le SMIG, respect du droit syndical et des conventions collectives, relèvement des allocations familiales...). De 1981 à1983, l'influence encore forte du Pcf (malgré les premiers reculs) contribue aux principales mesures de progrès social (inspirées la plupart par le Programme commun et auxquelles poussèrent les ministres communistes : relèvement important du salaire minimum et des retraites, réduction du temps de travail à 39 heures, 5e semaine de congés payés, retraite à 60 ans, réforme favorable de la fonction publique, nationalisation d'un certain nombre de grandes entreprises, de banques et d'assurances, abolition de la peine de mort). Le Pcf, au cours des années 1980, mena également la lutte pour la libération de Nelson Mandela. Le Pcf a combattu le traité de Maastricht, si bien que son active et efficace campagne pour un référendum, contribua à imposer au gouvernement de l'organiser le 20 septembre 1992. En 2005, seuls les parlementaires communistes votèrent contre la ratification de la constitution européenne. La campagne offensive du PC contribua à la victoire du non. On voit donc bien, à travers son histoire, combien le Pcf a été décisif pour faire avancer les idées anticapitalistes, anti-impérialistes, pour une autre société débarrassée de l'exploitation. Enfin, l'autre grand apport du Pcf à la société française réside dans sa capacité à politiser et encadrer les classes populaires. Tout au long de son histoire, le Pcf a été un formidable outil favorisant la formation et l'éducation d'une élite politique issue des catégories populaires : ainsi en 1979, 46 % des adhérents du Pcf sont des ouvriers et 25 % des employés, et encore respectivement 31 % et 33 % en 1997. Encadrer et organiser les classes populairesLe Pcf a joué un rôle primordial dans l'encadrement politique et idéologique des classes populaires. La présence sur le terrain de nombreux militants et une organisation solide dans des municipalités souvent contrôlées par le Pcf offraient des horizons et des débouchés politiques qui constituaient un facteur d'intégration et d'insertion pour les classes populaires. Dès le moment où le Pcf s'est affaibli, cette capacité d'encadrement a reculé (et même disparu dans de nombreux endroits), une grande partie des classes populaires s'est trouvée en déshérence, abandonnée. Le Pcf a permis de socialiser, politiquement, électoralement et idéologiquement, les classes populaires tout en protégeant de la pure éruption protestataire. Le Pcf a longtemps été le principal parti à représenter les classes populaires en acquérant une incontournable aptitude à se mouler sur son vécu et ses luttes. Les classes populaires, notamment la classe ouvrière, avaient conscience de ce rôle décisif du Pcf : en 1966, 37 % des ouvriers votaient communiste ; en 1979, 39 % des ouvriers et 23 % des employés votaient communiste (en 1997, 15 % des ouvriers votaient communiste). Plus que tout autre parti, le PC a fortement contribué à structurer une culture de classe au sein des classes populaires. Par la composition sociale de ses directions à tous les niveaux, le PC a su cultiver une absolue singularité dans le champ politique, lui permettant de s'ériger en « parti de type nouveau », en parti « réellement ouvrier ». Première tentative de création d'un véritable parti révolutionnaire et marxiste s'opposant au réformisme, le Pcf a su tout au long de son histoire lutter contre l'impérialisme, contre toute exploitation et pour une véritable société socialiste. Il a su contribuer à la formation d'une véritable conscience de classe parmi de larges couches de la société française. Son organisation, sa composition militante et dirigeante, son électorat en ont longtemps été la preuve vivante. h-Libéralisme économique et capitalismeLe flou est entretenu sur les termes libéralisme et son opposé, « la lutte anti-libérale ». Qu’en est il ? Le libéralisme est une doctrine politique née dans l’Europe des Lumières au 17e siècle. Elle repose sur l’idée que chaque humain possède des droits naturels sur lesquels aucun pouvoir ne peut empiéter. Les libéraux, veulent une société caractérisée parle respect du droit naturel des personnes. C’est cette idée de liberté qui mènera à la révolution de 1789 avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le libéralisme politique a donc été une conception libératrice, issue de la révolution française. Il n’a rien de commun avec le libéralisme actuel, celui-ci n’étant « que la liberté du renard dans le poulailler » selon K. Marx Les temps ont évolué et nous voyons maintenant le terme de libéralisme employé uniquement dans son contexte économique (liberté de marché, liberté d’entreprendre, et donc de capitaliser sur le dos des classes exploitées). Ce libéralisme, on le voit, est indissociable du capitalisme mondialisé aujourd’hui. Il faut donc se garder d’employer le terme antilibéral tel quel : il doit être nécessairement associé au capitalisme. Le Parti communiste devrait être pour la destruction de l’aliénation du capital sur les classes travailleuses. Nous sommes donc pour la pleine liberté des individus débarrassés de cette aliénation. Les mouvements anti-libéraux établissent leur action sur un flou, qui les fait tomber dans l’escarcelle du réformisme, en laissant penser que l’on peut être anti-libéral sans être anti-capitaliste et donc sans perspective de combattre le capitalisme. En luttant contre le libéralisme, on attaque bien sûr le capitalisme, mais le doute est semé dans les esprits quant à la responsabilité de cette misère, alors qu’elle est structurelle au système capitaliste. C’est pourquoi la gauche communiste a toujours veillé à employer le terme anti-capitalisme, qui désigne bien l’ennemi, le capitalisme, plutôt qu’anti-libéralisme. i-L’impérialisme aujourd’huiLa chute de l’URSS n’a fait qu’amplifier la mondialisation de l’impérialisme, représentant la forme la plus avancée du capital. La mondialisation est l’unique voie possible du capitalisme pour résoudre ses contradictions face à l’accumulation du capital, et se maintenir en vie. Elle entraîne la mise en concurrence exacerbée des peuples, à travers la globalisation de l’économie, et nous entraîne dans un recul de civilisation. Les acquis de la classe ouvrière sont remis en cause pour préserver les marges du capital où cela est possible. Le chantage à la délocalisation est devenu l’arme de la régression sociale. Le colonialisme se voit remplacé par l’emprise financière du capital où cela est possible. A défaut, le capitalisme n’hésite pas à recourir à l’action militaire. Les guerres que mène l’impérialisme avec ses alliés, contre le peuple irakien pour obtenir la privatisation des puits de pétrole, contre le peuple afghan pour assurer l’approvisionnement en gaz, le dépeçage de la Yougoslavie afin d’assurer sa domination politique et humanitaire sont autant d’exemples des conséquences de l’impérialisme. Tout cela au nom de prétendues causes humanitaires et de la démocratie. L’ennemi d’hier, l’URSS, à qui l’on a offert un strapontin au G7, doit être remplacé. Les attentats du 11 septembre ont permis à l’impérialisme de justifier une nouvelle croisade contre l’ennemi d’aujourd’hui, l’islam radical qu’il a lui-même enfanté. Sous couvert de modernité, au nom du néo-libéralisme, on dilapide le bien public, on privatise, on dénationalise, remettant en cause les droits sociaux et les libertés individuelles, dans le seul but de favoriser les multinationales. Si l’on assiste à un tassement des luttes et à une perte d’influence des partis communistes en Europe, a contrario la lutte s’amplifie et la résistance s’organise en Amérique latine, à Cuba, au Venezuela qui sont des pays moteurs. Ils offrent une autre perspective, basée sur la coopération, l’entraide, en rupture avec le FMI. Ils démontrent la possibilité de déjouer le capitalisme. D’autres peuples résistent et disent non à l’impérialisme, notamment la Corée du Nord ou l’Iran. La lutte contre l’impérialisme et le capitalisme est le lien entre les peuples, pour une alternative. j-L’Union européenne, un horizon indépassable ?La construction de l’Union européenne, à partir des années 50, a été ouvertement basée sur l’opposition aux pays du bloc de l’Est. Idéologiquement, elle a toujours été pro-capitaliste, imposant aux pays membres les dogmes ultra-libéraux du libre-échange et de la concurrence « libre et non faussée ». Plusieurs étapes sont significatives : le Traité de Maastricht, le Traité de Schengen, le Traité de Nice, le passage à l’euro, les multiples « élargissements » qui permettent à l’Union d’annexer de nouveaux pays. A chaque étape, les promoteurs de l’Union européenne ont imposé des contraintes dans de nouveaux domaines : économiques bien entendu, mais également politiques, diplomatiques, stratégiques, etc. Actuellement, une des activités principales du Parlement français consiste à « transposer » en droit français les directives européennes. C’est une atteinte directe à la souveraineté de notre peuple. Le Parlement européen, seul organisme élu, n’a pas d’initiative législative et son rôle est purement consultatif : il n’a pour fonction que d’avaliser les décisions de la Commission européenne. L’Union européenne est en réalité dirigée par une élite politico-économique qui ne rend de compte qu’à ses pairs, les peuples n’ayant ayant volontairement été privés de toute possibilité d’influer sur les décisions prises par la Commission européenne et par les commissaires européens. Echec du traité constitutionnelL’échec du traité constitutionnel européen, rejeté par la France et la Hollande en 2005, a provoqué des remous dans la classe politique. Mais ses promoteurs ne renoncent pas à nous imposer cette nouvelle étape, qui se traduirait par la perte totale de souveraineté des pays membres de l’UE, au profit de l’Union. Si un tel traité réussissait à s’imposer, la construction européenne serait parachevée par l’institution de structures politiques, diplomatiques et militaires supranationales au service des intérêts du capital. Or, le seul cadre efficace pour créer un rapport de forces favorable à notre peuple et mener des luttes victorieuses reste le cadre national. En affaiblissant le pouvoir des Etats au profit d’un pouvoir centralisé, l’Union européenne tente d’imposer aux peuples des Etats membres de l’UE un gouvernement supranational qui ne dit pas son nom et contre lequel il sera très difficile de lutter. Certains veulent nous faire croire qu’il serait possible d’aménager le cadre européen et d’instituer une « Europe sociale ». C’est une grave erreur d’analyse : jusqu’à présent, il n’y a eu aucune avancée « sociale » dans la construction européenne, et toutes les initiatives législatives dans ce domaine se traduisent par un nivellement par le bas. C’est un leurre que les communiste doivent rejeter : il n’y a aucune possibilité de réformer la construction européenne parce qu’elle est uniquement tournée vers la défense des intérêts capitalistes. C’est pour cette raison que la Gauche communiste du Pcf critique l’adhésion du Pcf au Parti de la Gauche européenne, qui se situe très exactement dans cette idéologie réformatrice. Pourquoi, comment et dans le cadre de quel rapport de forces les peuples pourraient-ils imposer un revirement complet à la construction européenne ? La seule possibilité reste de quitter l’Union européenne, de dénoncer les traités de Maastricht, de Schengen, de Nice, et d’abandonner l’euro. L’Union européenne est tout sauf un cadre indépassable, à condition d’en analyser les tenants et les aboutissants et de ne pas se laisser piéger à la dialectique réformiste. k-Pour un renouveau du Parti communiste françaisLe Parti communiste français vit une crise d’une extrême gravité. Depuis 1978, nos résultats électoraux sont en baisse constante. Ils sont le baromètre d’une perte d’influence dans la société française, en premier lieu dans la classe ouvrière. Le récent score de Marie-George Buffet à l’élection présidentielle – 1,9 % – et les résultats des élections législatives le confirment. Un Parti gravement affaibliAu delà même de notre influence électorale, c’est notre implantation nationale qui est perdue. Le PCF reste implanté dans quelques « bastions » : le Nord et le Pas-de-Calais, la Somme, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, le Rhône, les Bouches-du-Rhône principalement. Dans de nombreux départements, notre influence est quasiment nulle : nous sommes même dans l’incapacité de présenter des candidats. Avec la « mutation », notre appareil militant a connu une grave régression. Au lieu de nous battre pour maintenir notre présence dans les entreprises, nous avons presque partout supprimé les cellules d’entreprises. Nous existons sur le papier dans les grandes entreprises publiques ou semi-publiques. Les cellules locales ont, elles aussi, pour la plupart disparu. Notre appareil militant s’est replié sur les sections, les fédérations, et quelques « réseaux ». Quant au nombre de nos adhérents, il a fondu comme neige au soleil. Pour certains, il s’agit d’une opération « vérité ». Mais beaucoup plus certainement, nous avons cessé de remettre leurs cartes à nos adhérents. Par facilité parce qu’il est plus facile d’envoyer une carte par la poste que de la remettre en main propre. Parfois aussi par opportunisme, pour se débarrasser des gêneurs ou des militants qui ne correspondaient plus à l’image que nous voulions donner de « renouveau » du parti. Tout ceci se paye : des dizaines de milliers de communistes, laissés sur le bord du chemin, ne reprendront jamais leur carte. Des potentialités importantesMalgré tout, notre Parti conserve des potentialités importantes. Peu de formations politiques bénéficient d’un appareil comme le nôtre. L’enjeu aujourd’hui est de savoir si nous faisons l’effort de nous reconstruire, ou si nous baissons les bras et que nous laissons la déliquescence se poursuivre. Il n’existe pas de solution miracle. Pour un parti communiste, son appareil militant est une richesse irremplaçable. Nous devons donc nous fixer des objectifs de reconstruction.. Cela passe nécessairement par : - une bataille idéologique contre l’ordre dominant, en se réappropriant le marxisme, en étudiant notre histoire récente à l’aune de notre appréciation des choses, pour dépasser le choc de l’effondrement de l’expérience soviétique, et en développant notre argumentation critique contre le capitalisme ; - une réflexion sans concession sur la dérive de notre stratégie politique, qui consiste depuis près de 25 ans à être systématiquement à la remorque du Parti socialiste, et non plus à être un parti de luttes et de défense des intérêts de la classe ouvrière ; - une reconquête de la classe ouvrière et des classes sociales qui partagent ses intérêts – travailleurs précaires, travailleurs du secteur tertiaire, travailleurs intellectuels – en se servant de nos bases actuelles pour développer notre appareil militant et en nous fixant l’objectif de nous réimplanter dans le monde du travail ; - une modification en profondeur du fonctionnement de notre parti, qui passera par la démission des dirigeants actuels, principaux responsables de la bérézina que nous vivons ; l’éducation et la promotion de cadres issus véritablement du monde du travail ; en impulsant un fonctionnement réellement démocratique, par la reconnaissance des différents courants de pensée qui existent au sein du Parti, par le respect des opinions divergentes, par la capacité à mener des luttes avec d’autres forces politiques là où ce sera nécessaire. l-Crise de l’enseignement ou crise de l’éducation populaire révolutionnaireLa transmission des connaissances connaît aujourd’hui dans notre pays comme dans tous les Etats capitalistes une crise frontale. Cette crise est la crise de la division technique et sociale, productrice des rapports de classes. Seule la disparition des classes sociales peut la résoudre, seul l’avènement du communisme peut y mettre fin. C’est pourquoi, il est du devoir impérieux de tirer toutes les conséquences de l’aphorisme formulé par Trotski : « La crise de la civilisation est la crise de la direction ouvrière ». Crise de sens et crise de valeursC’est parce qu’il n’existe plus de parti communiste révolutionnaire pour lui montrer la voie de sa libération que la classe ouvrière de notre pays est aujourd’hui en crise de sens et de valeurs. C’est parce que les directions successives du Pcf se déchargent sur l’Education Nationale, d’une mission qui ne lui revient pas, à savoir donner aux fils et aux filles des milieux populaires les moyens idéologiques de s’approprier dans un sens de libération, les savoirs techniques, technologiques, historiques, linguistiques etc.. que des milliers de jeunes ne comprennent plus à quoi sert l’acquisition des connaissances. Le parti n’a plus de valeurs, car il n’a plus de perspectives historiques. L’abandon du travail de transformation d’un groupe sociologique ouvrier, en construction d’une classe libératrice du genre humain, chargée de détruire la division technique et sociale du travail, pour l’avènement du communisme, conduit à la crise sans précédent des « savoirs » que nous traversons aujourd’hui. Cette crise aurait pu commencer beaucoup plus tôt (comme dans le modèle anglo-saxon) contribuant à créer des ghettos, des regroupements sur des croyances, des valeurs ethnicisées, claniques ou religieuses, si le Parti communiste n’avait été pendant des dizaines d’années le moyen par lequel, une partie de la classe ouvrière (essentiellement son aristocratie) a pu connaître une relative évolution sociale. En devenant permanents, élus, en connaissant une transformation de son devenir, le modèle du militant ouvrier a servi d’exemple et d’espoir à de nombreuses générations ouvrières. L’idéal de la fin de la division technique et de la division sociale du travail s’incarnait dans la figure hautement symbolique du militant intellectuel de classe. Le court réformiste suivi aujourd’hui capitule devant ses tâches historiques. Abandon d’un point de vue de classeIl abandonne à un Appareil Idéologique d’Etat, dont la mission est de produire des citoyens atomisés dans leurs activités comme dans leurs réflexions, la charge historique de produire un point de vue de classe, dont la caractéristique essentielle est son expression « collectiviste ». Cela ne peut pas marcher, cela ne peut que déboucher sur une crise sans cesse plus forte, sans cesse plus critique. Cette crise prend sa source dans le refus de la direction social-démocratisée de procéder à l’analyse de classe de la nature des formations sociales de l’Europe de l’Est. Le choix de la stratégie du subjectivisme incarnée par la victoire de l’humanisme petit-bourgeois du Comité central d’Argenteuil de 66, débouche sur l’explication anti-marxiste de la déviation stalinienne comme « culte de la personnalité ». Incapable d’analyser les lois objectivement de classes présentes dès l’origine dans ces formations sociales, rendant inéluctables la restauration du capitalisme dans ces Etats, la direction est devenue incapable de trouver les solutions qui contrecarrent ces lois. De fait il y a bien longtemps que la direction du Pcf ne croit plus que la classe ouvrière soit le support de la libération du genre humain, c’est pourquoi, elle survalorise le subjectivisme, la citoyenneté petite bourgeoise de 89, au dépens du point collectiviste ouvrier de 17. Elle choisit Jaurès pour mieux renier Lénine. C’est pourquoi elle attend tout de l’école laïque et républicaine et plus rien de l’éducation populaire révolutionnaire matérialiste et prolétarienne. m-La « forme parti » est-elle « dépassable » ?Nous avons toujours besoin d’un parti communiste, un parti communiste qui joue vraiment son rôle. La raison d’être des partis communistes a toujours été et reste de permettre à la classe ouvrière au sens large du terme, aux classes populaires d’être politiquement indépendantes de la bourgeoisie. La façon dont le PCF s’est retrouvé, pendant l’expérience de la « gauche plurielle », à la remorque d’une politique sociale-libérale, de gestion loyale des intérêts de la bourgeoisie, a malheureusement fortement contribué à brouiller son image et à affaiblir son influence parmi les travailleurs. Regagner la confiancePour regagner la confiance perdue, le parti communiste doit renouer avec un point de vue de classe, combatif et ouvert. Avant tout, il doit être le parti qui lutte contre l’exploitation et la domination capitaliste, sans quoi il ne peut y avoir de lutte conséquente, « jusqu’au bout », contre toutes les dominations et les aliénations dont souffrent les individus et le peuple. La priorité, pour les communistes, est donc de reprendre pied dans les quartiers populaires et les entreprises. Pour cela, pas d’autre voie que de la reconstitution de cellules populaires et vivantes, à l’écoute des problèmes des travailleurs, français et immigrés, des femmes et des jeunes, capables d’organiser la lutte et l’entraide. Dans cet esprit, nous devons renouer avec le souci de promouvoir dans toutes les instances de direction des militants liés au monde du travail. L’indépendance syndicale est évidemment une nécessité pour le syndicat, et un acquis, Mais le parti, lui, ne peut pas jouer son rôle s’il est coupé des travailleurs manuels et intellectuels les plus combatifs et les plus conscients. Assurer l’indépendance politique des classes populairesPour assurer l’indépendance politique des classes populaires, un parti communiste a besoin d’une pensée autonome, d’une théorie révolutionnaire. Rien n’est plus important, dans la situation où nous sommes, que travailler au renouveau idéologique du parti, sur la base d’un marxisme critique et vivant. Au cours des dernières décennies, la plupart de nos initiatives théoriques, visant à rompre avec l’héritage du stalinisme, ont été en fait plus des abandons que des avancées. Elaborer une théorie révolutionnaire pour notre temps et former des militants capables de comprendre le monde, capables de convaincre et de rassembler, c’est la tache principale d’un parti communiste. Si la révolution consiste en ce que les classes subalternes accèdent au pouvoir, cela suppose, contre toutes les tentatives actuelles d’abêtissement, de travailler en permanence à l’élévation du niveau de connaissance et de culture du peuple. Malgré une histoire qui compte de grandes et belles pages, le PCF, dans sa conception actuelle, a failli. Son mode d’organisation, son fonctionnement, la composition de ses directions ont favorisé le suivisme politique, l’affaiblissement idéologique, le vieillissement, la perte d’énergie militante. Oui, à certains égards, c’est bien d’un nouveau parti dont nous avons besoin. La diversité des communistesLa Gauche communiste du PCF souhaite mettre en débat l’idée de la fondation d’un Parti des communistes de France. Pourquoi ce changement de nom ? Déjà pour manifester que les communistes sont divers. Nous devons reconnaître, accepter et organiser cette diversité. Y compris avec ceux qui se reconnaissent dans les courants trotskistes. Aujourd’hui, un parti qui chercherait à rassembler les communistes de France (Français et immigrés) dans la diversité réelle qui est la leur, devrait naturellement accepter le droit de tendance, le droit de se regrouper, quand nécessaire, sur telle ou telle idée. La contrepartie obligée étant l’adoption de règles communes pour, dans la confrontation libre et fraternelle des points de vue, rechercher autant que faire se peut l’unité de positions et l’unité d’action. Dans un tel parti, il nous faut envisager de redéfinir le rôle des dirigeants. Faire que les communistes soient souverains ne réduit pas mais accroît le rôle des dirigeants. Ceux-ci ne peuvent pas être des « béni-oui-oui » ou de pseudo-démocrates qui ne raisonnent qu’en fonction des sondages et ne savent pas prendre leurs responsabilités, mais des camarades qui se distinguent par leur courage politique, leur liens avec les travailleurs manuels et intellectuels, leur aptitude à mener les luttes, à faire grandir le parti et à enrichir sa vie démocratique. Ce parti dont nous avons besoin, nous devons essayer de l’imaginer avec tous ceux qui, membres du parti ou non, communistes adhérents ou de cœur, ne se reconnaissent souvent plus dans le parti actuel mais n’ont pas renoncé au combat pour changer le monde. n-Pour une convergence anti-capitalisteJamais les communistes n’ont prétendu faire la révolution tout seuls. A fortiori, avec 2 % des voix… Etre révolutionnaire, ça a toujours été et c’est plus que jamais, se battre pour l’unité du prolétariat et pour l’union populaire. C’est-à-dire une union qui permette de faire avancer les combats populaires. La question posée va bien au-delà du débat sur la « refondation de la gauche ». La gauche affaiblieLa Gauche est aujourd’hui affaiblie parce que, pour une part, elle n’est plus et n’apparaît plus comme défendant les intérêts du peuple. Si Sarkozy a réussi avec aussi peu de difficultés à débaucher un certain nombre de personnalités socialistes, si les cercles dirigeants du capitalisme mondialisé font appel à des socialistes français pour diriger certains de leurs principaux organismes (Banque mondiale et peut-être demain FMI ?), c’est qu’ils les savent acquis au capitalisme et prêts à mettre en œuvre ses contre-réformes ultra-libérales. Mais il y a aussi, au Parti socialiste, des militants et des dirigeants qui, tout en étant impliqués (comme beaucoup de communistes d’ailleurs) dans des pratiques quotidiennes réformistes, de gestion, n’ont pas pour autant renoncé à la perspective d’un dépassement du capitalisme. Pour débloquer la situation politique et ouvrir à nouveau une perspective à gauche, il est indispensable qu’une clarification s’opère, entre les tenants du social-libéralisme et la vraie gauche. La création du Linkspartei en Allemagne va dans ce sens. En France, l’existence de traditions politiques différentes et notamment le fait que le parti communiste, même affaibli, existe devrait conduire à adopter d’autres formes de rassemblement que la constitution d’un nouveau parti (qui ferait disparaître l’autonomie du mouvement communiste). Pour favoriser la mobilisation populaire, l’union non seulement dans les luttes immédiates mais aussi pour une véritable alternative politique, il faut prendre une initiative politique de rassemblement (type front ou Convergence) qui contribue à la clarification. L’expérience des collectifs unitaires anti-libéraux mérite réflexion. L’élaboration de la Charte anti-libérale, sur laquelle communistes, trotskystes, socialistes de gauche, alter-écolos ont réussi à se mettre d’accord, malgré ses insuffisances, montre qu’existent des éléments profonds d’accord, sur une base anti-capitaliste, écologique, féministe, solidaire, entre militants venus d’horizons différents. Si cette expérience a échoué, c’est parce qu’elle s’est heurtée aux stratégies particulières des partis (LCR et PCF) qui ont fait passer leur intérêt particulier avant l’intérêt général, mais aussi parce que ces comités ont cruellement manqué de base populaire. Et pourtant, on a pu mesurer pendant plusieurs mois, par le monde rassemblé dans les meetings, que cet embryon d’union avait commencé à ressusciter un espoir, voire un enthousiasme. Aujourd’hui, pour ouvrir à nouveau une perspective, il nous faut contribuer, sans arrière-pensée, de toutes nos capacités, à un nouveau rassemblement, une convergence anti-capitaliste et progressiste. Nécessité d’un nouveau Front populaireC’est en fait d’un nouveau Front populaire, un Front social
solidaire dont nous avons besoin, pour faire face aux dangers que le
capitalisme fait courir à la société et à la civilisation. Un tel Front ne peut
pas faire l’impasse sur les organisations… Le Front populaire regroupait 80
organisations. Ce nouveau Front pour la résistance et l’alternative devrait
chercher à rassembler largement partis politiques, syndicats, associations
diverses. Mais il ne peut pas n’être qu’un cartel d’organisations. Il doit
aussi prendre la forme d’un mouvement civique, réunissant des citoyens qui ne
se reconnaissent dans aucun parti mais sont prêts à lutter ensemble pour
changer les choses. Et, à la différence de ce qui s’est passé en 36 ou au
moment du Programme commun, il ne doit pas se réduire à un accord au sommet,
mais s’appuyer sur un mouvement à la base, à travers la multiplication
d’assemblées et de comités populaires. o-Quel socialisme aujourd’hui ?Le Pcf, depuis qu'il a abandonné toute référence au socialisme (y compris dans ses statuts depuis le 31e congrès de 2001), parle certes de communisme, mais il est bien incapable d'en donner la moindre définition, au-delà de quelques formules creuses ou de bonnes intentions. Que peut bien vouloir dire le terme « alternative » tant que l'autre du capitalisme n'est pas désigné avec un minimum de précision ? Les expressions « société solidaire », « société plus juste » ne sont pas plus claires et ressemblent elles aussi à des illusions. Le Pcf ne sortira pas de son impasse tant qu'il ne parviendra pas à se doter d'un projet de société qui lui soit propre. Le socialisme, toujours d’actualitéPourquoi continuer de parler de socialisme ? Tout d'abord parce que de nombreuses enquêtes démontrent que l'expression « socialisme » est toujours vue positivement par une grande partie de nos concitoyens. Surtout, selon Marx, « entre la société capitaliste et la société communiste, il y a la période de transformation révolutionnaire de l’une en l'autre ». Toujours selon Marx, la révolution « ne pourra par conséquent que transformer peu à peu la société actuelle et ne pourra supprimer complètement la propriété privée que quand on aura créé la quantité nécessaire de moyens de production ». Le socialisme ne doit donc pas être confondu avec le communisme. Le socialisme émerge des entrailles du capitalisme, ce n'est pas une société parfaite mais un ordre économique non capitaliste qui préserve le meilleur de ce que le capitalisme a atteint tout en dépassant ses nombreux défauts ainsi que la logique d'inégalité et d'exploitation qui lui est intrinsèque. La société socialiste doit développer sa propriété par la compétition avec les entreprises capitalistes. Cela implique que la propriété socialiste soit plus efficace. Efficacité de la société socialisteS'il y a bien une leçon à retenir de l'histoire c'est que le modèle économique soviétique a aboli la propriété privée des moyens de production (par le biais de la collectivisation) et le marché (en instituant la planification centrale), mais a conservé le travail salarié. Il s'agit au contraire pour le socialisme d'aujourd'hui d'abolir la propriété privée des moyens de production et le travail salarié, mais de conserver le marché. Pourquoi conserver le marché dans l'étape socialiste
aujourd'hui ? Au stade du socialisme, le marché permet donc le libre choix des consommateurs, la concurrence entre producteurs, leur motivation par la rémunération de leurs efforts. Le problème n'est donc pas le marché, mais le marché capitaliste, car rappelons qu'à l'étape intermédiaire du socialisme, certains maux du capitalisme perdurent. Un marché plus remis en causeDans le monde d'aujourd'hui, si le marché n'est pas fondamentalement remis en cause, deux sources fondamentales de mécontentement existent néanmoins qui permettent d'enclencher la lutte pour le socialisme : - le déficit démocratique sur le lieu de travail : les droits démocratiques sont déniés aux salariés là où ils pourraient être le mieux utilisés, là où les salariés ont le plus de connaissance et d'expérience, c'est-à-dire leur lieu de travail. La démocratie au travail fonctionne pourtant mieux que l'autoritarisme du propriétaire (c'est-à-dire la forme capitaliste de l'organisation du travail), - l'hyper-mobilité du capital : dans la société capitaliste, le capital appartient à des individus privés qui en font ce qu'ils veulent et qui l'investissent n'importe où et dans n'importe quoi. Mais cette liberté, couplée avec l'amélioration des capacités techniques, politiques de transfert, donne au capital une mobilité qui génère une insécurité économique et politique se traduisant notamment par l'explosion des délocalisations. Cela entraîne de plus en plus de prises de conscience et de résistances. Enfin, si les réformes dans le cadre du système capitaliste sont souhaitables pour améliorer le sort de la population, aucune accumulation de réformes, aussi démocratiques soient-elles, ne donnera par elle-même le changement de société. Inverser la logique du système capitalisteAu contraire, seule une rupture peut permettre d'inverser la logique du système capitaliste afin d'ouvrir le processus démocratique menant à une société communiste. Un rapport des forces populaires majoritaire doit se former en faveur de positions révolutionnaires menant vers l'étape du socialisme. Deux éléments essentiels doivent être défendus par le Pcf
pour apporter un véritable débouché politique à la crise actuelle du
système : 1) Concernant le secteur de la propriété sociale coopérative : chaque entreprise est propriété de l'association de ses travailleurs, et est autogérée. Ce mode d'entreprise constitue la propriété sociale sous sa forme la plus directe. Ces entreprises empruntent des capitaux, mais un détenteur de capital ne peut ni acheter des parts dans l'entreprise, ni siéger à sa direction : il n'y a pas d'actionnaires. Ce n'est plus le capital qui loue le travail, mais à l'inverse les travailleurs associés en entreprises qui louent du capital. Les travailleurs d'une entreprise en sont à la fois salariés et propriétaires. La finalité de ces entreprises n'est pas de rémunérer des actionnaires capitalistes, mais d'augmenter les bénéfices à partager entre les salariés-propriétaires. Un code des salaires doit fixer un minimum excluant les bas salaires pratiqués dans le secteur capitaliste et interdire les salaires faramineux offerts aux dirigeants des entreprises capitalistes. Pour financer ce secteur de la propriété sociale, deux
composantes sont nécessaires : Le socialisme autogestionnaireAinsi le socialisme autogestionnaire permet de supprimer un des principaux maux du capitalisme, à savoir le salariat : la richesse ne donne pas de pouvoir sur le travail d'autrui, personne ne acheter de parts dans une entreprise car l'entreprise reste propriété de ses travailleurs selon le principe « un homme, une voix ». Le revenu de l'entreprise sert d'abord à rembourser les emprunts et à payer les impôts, le solde constitue la rémunération des travailleurs, réparti entre eux selon une échelle librement décidée. Le rapport capital/travail est donc renversé car ce sont les travailleurs qui s'approprient le surplus. La différence avec le capitalisme est double : l'interdiction de l'autofinancement et de l'appropriation du capital d'une part, l'interdiction d'embaucher de la main d’œuvre de l'autre. Dans un premier temps, l'objectif, c'est que le secteur de la propriété sociale non seulement puisse survivre face à la concurrence capitaliste, mais qu'il conquière des parts de marché et apparaisse comme un secteur dynamique. À terme, le secteur socialiste doit servir de référence pour imposer des règles sociales progressistes dans l'ensemble de l'économie, mais il doit également grignoter le secteur capitaliste. Pour cela, le secteur socialiste doit offrir de bonnes perspectives aux travailleurs afin que les salariés du privé puissent imposer que leur entreprise passe en secteur socialisé, par rachat de son capital par le fonds public de financement. Quand les conditions politiques le permettront, il faudra alors envisager une socialisation de la majorité de l'économie. 2) L'autre pivot essentiel à la perspective socialiste est le secteur d'économie administrée fortement démocratisé et centré sur les services publics. Pour cela, les communistes doivent refuser catégoriquement toute ouverture du capital des sociétés publiques au capital privé et exiger le retour à la collectivité, sans indemnisation des gros actionnaires des entreprises privatisées par la droite et le PS. Développer un puissant secteur anti-libéral et démocratiqueIl faut donc rétablir et développer un puissant secteur
anti-libéral et démocratique où le capital doit être entièrement public : Seule la perspective du socialisme peut jouer un rôle fondamental dans la mobilisation imaginaire et politique des dominés. Aujourd'hui plus que jamais, le socialisme, repensé dans les conditions d'aujourd'hui, doit être la question centrale pour tout communiste. p- Pour la Ve InternationaleLa lutte anti-impérialiste n’est pas une vieille lune, c’est un des fronts essentiels de la lutte des classes aujourd’hui. L’impérialisme américain, et les autres pays impérialistes qui lui sont subordonnés (comme l’Europe et le Japon), sachant leur domination menacée par l’évolution du monde, tentent de s’assurer du contrôle de la planète, (des matières premières, de l’énergie, des marchés et des États) par les moyens de la finance, de la communication, de la culture et des armes. Profitant du boulever | |||||||||||