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Pour un Parti des communistes de France Francis COMBES
(et quelques remarques à propos
d’un texte de Lucien Sève) La direction du Parti communiste a
décidé de transformer le Congrès extraordinaire en assemblée des délégués de
section. Le Congrès véritable devant se tenir en 2008. Sans doute les
communistes ont-ils besoin de plus de temps pour réfléchir et décider de leur
avenir. Dans le même temps qu’ils sont requis par l’actualité des luttes
sociales pour riposter à Sarkozy, ils peuvent mettre à profit ce délai pour engager
une vraie réflexion. Celle-ci s’esquisse à peine. Du côté de la direction,
comme chez la plupart des militants, c’est l’incertitude qui domine. Deux
attitudes opposées (mais à certains égards symétriques) se manifestent. Il y a
ceux qui se prononcent pour garder le parti communiste et ceux qui proposent de
l’abandonner. Soit en étant partie prenante d’une « chose » pour
l’instant mal définie, une nouvelle formation politique, comportant peut-être
une « composante communiste », (de Gayssot à Cohen-Séat), soit en
maintenant la référence au communisme mais en tentant de dépasser la forme
parti. La formulation la plus claire de cette dernière position a été exprimée
par un récent texte de Lucien Sève qui circule sur internet. Je voudrais avancer l’hypothèse
que l’alternative réelle à laquelle les communistes sont confrontés n’est pas
le maintien du Pcf tel qu’il est (réduit à une peau de chagrin) ou sa
liquidation. Lucien
Sève pense que tout le mal
vient de la forme parti, avec sa structure verticale, qui induirait une
conception obligatoirement aliénante (et donc non communiste) de
la politique.
Il faudrait en finir avec le parti et créer plutôt un
mouvement (pour lequel il
suggère un nom, « Initiative
communiste »). Il y a dans sa critique
de la « verticalité » une part de
vérité. Trop souvent en effet les
directions n’ont pas été au centre, mais
« au sommet’ ». Même si le
travers que Lucien Sève dénonce n’est sans doute
pas spécifique au parti
communiste. Il est une tendance en quelque sorte naturelle de tout
appareil
dont l’existence elle-même finit par l’emporter sur
la raison d’être. Mais à
partir du constat juste que les moyens ont eu tendance à devenir
fins en soi,
il en vient à abandonner les moyens. Il insiste sur le fait que
le communisme
est le « mouvement du réel qui abolit
l’état présent » et ce
mouvement devient tout. But et moyen à la fois. Plus
d’obstacle et plus de ces
anciens moyens de les surmonter qu’étaient la
révolution, le socialisme, le
parti… Il y a là quelque chose qui ressemble à un
retour au communisme utopique
et à l’angélisme dont Marx (et Lénine,
à qui Sève se réfère pourtant) avait
tenté de guérir le mouvement ouvrier. Concernant le parti, sa
proposition aboutit en pratique à laisser le parti et son
« appareil » à la direction. Or, pour que le mouvement prenne corps,
pour que les idées deviennent force matérielle, il faut aussi des
« appareils ». Nous aurions aujourd’hui grand besoin d’un parti, avec
ce que cela suppose aussi de centralisation des expériences, de formation des
adhérents et de moyens. La seule façon de se prémunir
contre le danger de bureaucratisation, d’institutionnalisation et de
dégénérescence du parti n’est pas d’abandonner le « parti » pour le
« mouvement », mais d’unir « parti » et « mouvement ». Nous avons besoin d’un parti
réellement communiste, c’est-à-dire qui permette à la classe ouvrière, au sens
actuel du terme, de gagner son indépendance politique à l’égard de la
bourgeoisie et de devenir le sujet conscient et actif de sa propre histoire.
Pour cela il faut un parti communiste idéologiquement autonome. Avec Strauss-Kahn au FMI, Lamy à
l’OMC et Hollande d’accord avec Sarkozy pour faire passer et douce le
mini-traité européen… il est clair que la direction du Ps est devenu une
béquille du grand capital. Ce n’est pas tant la soumission du
Pcf au PCUS dans les années cinquante, ou le fait qu’il ne se serait pas encore
assez affranchi de la « matrice » d’Octobre qui expliquent son
effacement actuel … que sa soumission au Ps. Le Ps a besoin du PCF comme il a besoin
du PRG, c’est à dire d’un parti réduit à une simple étiquette à seule fin de
maintenir les apparences d’un rassemblement de la Gauche. La première question est donc
d’ordre stratégique. Le Pcf doit faire le choix qu’il n’a pas fait lors de la
présidentielle, ce qui lui a coûté si cher. Sans renoncer aux possibilités
d’union avec certains socialistes (ou avec le Ps en tant que tel sur certains
sujets), il doit s’affranchir de la tutelle du Ps et faire le choix d’être du
côté de la vraie gauche. Il peut et doit jouer un rôle essentiel dans la
formation d’une sorte de nouveau front populaire, un front social et solidaire,
une Convergence anti-capitaliste, capable de faire pièce au bipartisme que l’on
est en train de nous imposer. Plutôt que la création d’un nouveau parti (avec
qui ?), cela semble la voie réaliste, correspondant au respect des uns et
des autres et à l’état actuel du mouvement. Nous avons d’abord besoin d’un
parti qui renoue avec le mouvement de ceux qui luttent. Dans le même temps, il faut
renouer avec le mouvement dans le parti. Lors de la rencontre de Vénissieux,
nous avons été plusieurs, venant de différents départements à avoir avancé une
idée nouvelle : l’idée d’un Parti des communistes de France. Pourquoi
« Parti des communistes de France » ? A la fois pour affirmer la
filiation avec le meilleur de l’héritage du Pcf (les luttes ouvrières, la
défense de la souveraineté nationale, l’anticolonialisme), mais aussi pour
marquer la nécessité de dépasser le Pcf dans sa forme actuelle. Si ce parti en
est où il en est, c’est aussi parce qu’il a failli, comme parti
révolutionnaire, du fait de défauts rédhibitoires (électoralisme, abandon du
marxisme, rupture avec le monde du travail, manque de démocratie interne) qui
ont favorisé le suivisme politique, l’affaissement idéologique et l’effacement
militant. Dire Parti des communistes de
France (et non pas Parti communiste français) c’est d’abord une façon
d’affirmer, face à la globalisation capitaliste, la nature internationaliste du
communisme. Le communisme ne peut être que s’il est projet mondial et pas
seulement projet national. S’il veut être un outil d’union du prolétariat
moderne, (c’est à dire de tous ceux qui ne possèdent que leur force de
travail), le parti communiste doit être un parti où se retrouvent à égalité
travailleurs français et immigrés (lesquels constituent environ un tiers de la
classe ouvrière). Dire « Parti des communistes
de France », c’est aussi affirmer la volonté d’unir la « force
communiste » dans sa diversité, en tenant compte des courants réels qui la
traversent. Un tel parti doit accepter la libre confrontation des points de
vue, le pluralisme aujourd’hui inévitable de ceux qui se réclament du
communisme et qui, malgré leurs différences, ont bien des raisons de travailler
ensemble. Il doit donc naturellement reconnaître le droit de tendances (seul
antidote au conformisme stalinien ou réformiste) mais aussi prévoir sa
contrepartie obligée : la recherche permanente de l’unité, de façon
fraternelle, dans la discussion et dans l’action. Cette proposition nouvelle, à
soumettre à la réflexion de tous, peut ouvrir une perspective unificatrice à la
fois pour ceux qui sont toujours membres du parti et aussi pour les communistes
qui n’en sont pas ou plus membres mais n’ont pas pour autant renoncé à la lutte
ni au communisme. Un appel dans ce sens devrait leur être lancé. Francis Combes
décembre 2007 |
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