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Irak
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Que se passe-t-il à Bassorah ? Danielle BLEITRACH Mars 2008 Source : http://fr.wordpress.com/tag/moyen-orient/ Comprendre ce que cherchent les
Etats-unis ici comme ailleurs Il est malaisé de comprendre la
situation irakienne tant les groupes rivaux, les forces paraissent émiettées,
après l’affrontement sunnites chiites, voici que dans le sud à Bassorah, c’est
l’affrontement du gouvernement chiite avec les milices chiites de Moqtar el
Sadr. Le danger avec Bush c’est qu’il
incite à sous-estimer la capacité de nuisance des Etats-Unis, son gouvernement
apparaît comme celui d’un perpétuel échec. Bush paraît énoncer un ordre et il
n’engendre que le chaos, mais si telle était justement la victoire d’un système
en crise profonde, en lutte contre son déclin et ne trouvant d’autre issue que
dans les violences, les guerres, le chaos ? Si instaurer « la démocratie
en Irak » et par contagion dans tout le Moyen Orient était le projet
officiel de l’invasion, l’échec serait patent, mais est-ce que les Etats-Unis,
leurs dirigeants, quelqu’un comme Dick Cheney ont jamais eu un tel
projet ? Alors, si l’on jugeait de l’invasion sur ses véritables objectifs
que faudrait-il en penser ? Les véritables objectifs étant de s’approprier
les richesses pétrolières et d’avoir dans le gouvernement irakien l’instrument essentiel de leur capacité, de
plus en plus contestée par l’OPEP, d’imposer le paiement du pétrole en dollars. Alors on ne parlerait plus
d’échec, on constaterait que de tels objectifs dans la conquête d’un pays ne
peuvent être atteint qu’en empêchant systématiquement qu’un ordre quelconque
puisse s’instaurer. Pour cela il faut encourager les luttes de factions autour
des miettes du pillage jetées de la table des vainqueurs, transformer le pays
en terrain clos de toutes les guerres civiles sur des bases ethniques,
religieuses, faire régner l’insécurité et le meurtre. Il y a un autre risque d’ordre
qu’il faut également contrôler et casser impérativement, celui des marges,
celles-ci peuvent s’unifier, leur peuple développer une vision nationale et
vouloir s’implanter dans le dit chaos : les Kurdes au nord, l’Iran au Sud. Chaque fois que la situation
risque d’aboutir au scénario de la pacification, les violences doivent
reprendre et les terroristes, paramilitaires financés par la CIA doivent
provoquer violences et désordres. Si les Etats-Unis apparaissent de plus en
plus comme l’Etat terroriste par excellence c’est que leur unilatéralisme, leur
volonté de ne jamais tolérer de puissance conquérante tant au plan mondial que
local passe par l’entretien systématique de ce terrorisme. La guerre civile
fait partie du scénario de leur domination, non seulement comme mode de gestion
interne du pays conquis mais pour empêcher que les marges deviennent trop
conquérantes. Le modèle irakien est devenu d’ailleurs une méthode que les
Etats-Unis souhaitent exporter sur d’autres continents(1). C’est un grand classique de toutes
les conquêtes : diviser pour régner. Déjà Machiavel donnait ce conseil aux
conquérants : « Il en va donc ainsi qu’aussitôt qu’un étranger
puissant entre en une province, tous ceux qui y sont faibles se joignent à lui,
poussés par l’envie qu’ils ont contre celui qui leur a fait subir sa puissance,
si bien qu’au regard des petits, il n’a point de peine à les gagner, car
aussitôt ils s’unissent tous et font bloc avec l’Etat qu’il a conquis dans le
pays. Il a seulement à penser qu’ils ne s’acquièrent trop grande puissance et
autorité, et peut facilement tant par ses forces que par leur faveur, abaisser
ceux qui sont puissants pour demeurer seul arbitre dans le pays. Qui ne suivra
bien ce point, il perdra bientôt ce qu’il aura gagné, et pendant le temps qu’il
le tiendra, il y aura mille difficultés et tracas. »(2) Voici effectivement le spectacle
qu’offre l’rak sous protectorat nord-américain : « Cinq ans après,
Bagdad est méconnaissable. Les quartiers sont séparés par des murs, par suite
du déchaînement des violences interconfessionnelles, qui font rage surtout
depuis l’attentat qui a frappé, en février 2006, l’un des principaux
sanctuaires chiites à Samarra, la mosquée d’Or. Quant au nombre des victimes,
la confusion règne : plus de 1 million de morts selon des organisations
non gouvernementales, moins de 150 000 selon le gouvernement irakien. A
cela s’ajoute une hécatombe de journalistes sans précédent, qui a fait au moins
233 victimes. Sans parler des réfugiés dans les pays voisins et des déplacés à
l’intérieur même du pays, dont le nombre se situe entre 3 millions et 4
millions, véritable marque d’infamie à la fois pour les libérateurs et pour
ceux qui ont été libérés. » (3) Voilà pour le cœur même du pays, mais il faut voir également que le chaos est organisé aux marges et on ne comprend rien à la manière dont les Etats-Unis ont toléré, voire encouragé l’expédition militaire turque contre les Kurdes si l’on ne mesure pas que l’unité kurde elle-même doit être mise à mal selon la logique étasunienne. Les kurdes ont été apparemment les grands bénéficiaires de la guerre, ils ont consolidé leur pouvoir régional, obtenu un Etat fédéral dont ils sont en fait le centre de gravité puisque tous les autres sont si divisés qu’ils sont en situation d’imposer leurs volontés y compris en matière de distribution de la manne pétrolière. Oui mais voilà, leur appétit est peu à peu apparu sans limite et leur prise de contrôle de la zone pétrolière de Kirkuk a été le signe pour le conquérant nord-américain qu’ils devaient être rabaissés. Les Turcs ont été lâchés pour bien manifester que les Etats-Unis ne seraient pas toujours à leurs côtés et que s’ils ne bornaient pas leur puissance on saurait les dévaster. La stratégie des Etats-Unis n’a
pas d’alliés simplement des intérêts variables au jour le jour et chacun doit
l’apprendre à ses dépends. C’est dans ce contexte là qu’il
faut comprendre les événements de Bassorah. Bassorah, c’est la ville chiite
rebelle tant sur le plan de son histoire la plus lointaine (4) que sous Saddam
Hussein. Ce fut la ville communiste, à ce titre et pas seulement parce qu’elle
était chiite, elle a subi la répression de Saddam Hussein. Derrière la
confession chiite, il y a le monde ouvrier du port et du pétrole, son
syndicalisme. Ce sont les britanniques qui ont géré l’occupation en entretenant
les divisions, en s’appuyant sur les luttes confessionnelles pour empêcher
l’unification nationale. La ville est prise à la gorge par les partis
islamistes, qui s’opposent sur tout sauf sur le désir de se partager richesses
et revenus pétroliers. Jusqu’à ces
derniers jours, les combats opposaient principalement les milices de Moqtada
al-Sadr et celles du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII)
et du Dawa. Les premières, rassemblées dans une structure très lâche, l’Armée
du Mehdi, comptent environ 60 000 hommes et sont largement plus combatives
que les groupes du CSRII et du Dawa. D’où une stabilité précaire, tributaire de
la volonté de ces partis dont l’un ou l’autre pourrait, à tout moment, vouloir
augmenter sa part du gâteau. Mais c’est la seule manière qui a été trouvée pour
empêcher unification nationale et influence de Téhéran sur cette zone par
laquelle passent 80 % des ressources pétrolières actuelles. Si l’on admet
pas que la stratégie des Etats-Unis a effectivement besoin d’un chaos
généralisé on ne comprend pas le pourquoi d’une guerre civile à Bassorah, où
l’on compterait jusqu’à 40 morts et 200 blessés en deux jours ? Les
Universités sont fermées et il y a des risques de pénurie pétrolière, pourquoi
à la veille des élections présidentielles étasuniennes, alors que les dirigeants
actuels des Etats-Unis et Mac Cain se félicitaient de l’accalmie ont-ils pris
le risque d’un tel affrontement qui risque de renchérir sur le prix du pétrole
et de s’étendre à tout l’Irak ? Puisque dans le même temps se sont
déclenchés des affrontements meurtriers dans plusieurs banlieues de Bagdad,
dont Sadr City pour empêcher que l’étau se referme sur Bassorah. Pourquoi aux rivalités habituelles
pour la main mise sur Bassorah, prendre dans cette période le risque d’un
embrasement ? Car la nouveauté de la période, c’est qu’un nouveau seuil a
été franchi, puisque jusqu’ici la bataille opposaient entre eux deux milices
chiites et désormais c’est l’armée officielle irakienne qui s’en mêle. Cette
fois, ce sont les forces de sécurité irakiennes qui affrontent directement
l’Armée du Mehdi. C’est même la première fois que celles-ci sont engagées dans
une aussi vaste opération, baptisée « la charge du chevalier ». C’est
donc un test de la première importance pour le gouvernement de Nouri al-Maliki,
qui appartient lui-même au Dawa. Si les armées américaine et britannique - les
troupes anglaises ont évacué Bassorah à la mi-décembre -, n’interviennent pas
directement, elles apportent un soutien logistique aux troupes irakiennes.
« Il y a un an, les forces de sécurité irakiennes auraient eu du mal à
engager cette action […] et le gouvernement à la mettre sur pied »,
s’est félicité à Bagdad le général Kevin Bergner, porte-parole de l’armée
américaine. En fait nous sommes dans le cas de figure que l’on retrouve à peu près partout, l’armée nord-américaine fournit logistique, encadrement et teste la capacité de l’armée irakienne à mener la guerre civile. On a déjà connu cela au Viêt-nam quand l’armée nord-américaine prétendait se retirer. Ce qui confirme cette stratégie du
chaos et de la guerre civile est que Mocqtar el Sadr avait choisi la
pacification et la trêve ce qu’il fallait empêcher à n’importe quel prix. Tous
les partis chiites sont plus ou moins liés à l’Iran mais Mocqtar el Sadr l’est
plus que d’autres et donc l’attaque qu’il subit a probablement un lien avec la
partie entre les Etats-Unis et l’Iran. Les Etats-Unis ont du mal à obtenir le
feu vert du Conseil de sécurité contre l’Iran, et avec les hostilités
déclenchées contre la Chine, les rapports tendus avec la Russie, ils ont
refréné leurs ambitions. Il leur reste à provoquer le conflit entre Irak et
Iran, attiser une crise permanente pour laisser couver la braise(5). C’est en partant de la nature de
la crise, de la nécessité de la faire payer au reste de la planète, de
continuer à s’approprier à n’importe quel prix les ressources énergétiques et
minérales que l’on peut comprendre la stratégie des Etats-Unis et pas en
inventant qu’ils veulent instaurer naïvement paix et démocratie et qu’ils n’y
arrivent pas, et quand on observe ce que cherchent réellement les candidats à
l’élection présidentielle étasunienne en particulier Mac Cain(6), mais aussi la
majorité du camp démocrate, on se dit que cela a peu de chances de s’arrêter
avec le départ de Bush. La seule solution est donc dans la
capacité des peuples à imposer la paix comme facteur essentiel de résistance à
l'impérialisme. Danielle Bleitrach mars 2008
(2) Machiavel, Le Prince,
oeuvres complètes , La Pléiade, p.295 (3) Le quotidien panarabe Al-Hayat
cité par le Courrier international au début mars 2008 ne voyait dans les
5 années de guerre et d’occupation étasunienne que Téhéran comme vainqueur. (4) Au titre des curiosités de
cette ville rebelle, il faut noter que de 869 à 883, Bassorah a été le siège du
Spartakus du Moyen Orient, des esclaves noirs de l’Empire Arabe, rassemblés par
Ibn Mohamed, luttent victorieusement contre leurs oppresseurs. Ils s’emparent
de la ville de Bassorah (Basra), dans le Golfe Persique (Irak actuel) en 871.
Ces esclaves y fondent un état communiste. Avec l’aide d’ouvriers et de pâtres,
ils étendent leur pouvoir sur un large secteur de la Mésopotamie (Irak). Mais,
ils sont finalement écrasés par les armées arabes unies. Sans vouloir en faire
dire plus à l’histoire qu’elle ne dit, il faut souligner le fait que le choix
chiite est aussi celui du refus du pouvoir, de la domination du califat, est-ce
un hasard si le parti communiste irakien un des plus puissants de tout le Moyen
orient s’implante en priorité dans les zones chiites. (5) On remarquera que partout les
Etats-Unis semblent avoir à cœur de laisser ces zones de conflits potentiels
non résolus où sans intervenir directement, ils peuvent à chaque moment déclencher
une situation favorisant une intervention militaire directe ou indirecte. (6) Intervenant mercredi au Conseil des relations internationales
à Los Angeles (Californie), John McCain, a qualifié la Russie de pays
revanchard et a appelé à l’exclure du G8, rapporte le correspondant de RIA
Novosti sur place. Insistant sur la nécessité de « faire face aux
dangers émanant de la Russie revancharde », le candidat républicain a
déclaré qu’il fallait modifier la composition du G8. « Nous devons
commencer par garantir que le G8 - le groupe des pays les plus industrialisés
du monde - redevienne le club des principales démocraties de marché, qu’il
comprenne le Brésil et l’Inde, mais exclue la Russie », a-t-il
poursuivi. Le candidat républicain à la présidence américaine a aussi exhorté à
renforcer la solidarité au sein de l’Alliance de l’Atlantique Nord en réponse
au comportement de la Russie. |
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