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50 ans du Traité de Rome
Un triste anniversaire


Intervention de Jean Jacques Karman

à la conférence de presse sur les 50 ans du Traité de Rome

organisée sous la présidence de Georges Hage, député

à l'initiative du Pôle de renaissance communiste en France

avec la participation de la Gauche communiste du Pcf, du Parti des Travailleurs et du Comité Valmy

le vendredi 23 mars 2007 à l'Assemblée nationale


Il y a 50 ans le traité de Rome instituait la Communauté économique européenne. Il était signé par six pays, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas. Il est bon de rappeler le contexte. Le Traité de Rome, pris à l’initiative de petits cercles atlantistes franco-allemands, s’inscrivait dans le cadre du rattachement de l’Europe occidentale à la sphère d’influence des États-Unis. Il s’agissait de s’assurer que les pays de l’ouest de l’Europe s’inscrivaient, sans retour en arrière possible, dans le bloc capitaliste en instituant l’économie de marché comme dogme fondateur et horizon indépassable.

Georges HageParallèlement à cette construction économique, amorcée en fait depuis 1951 avec les accords sur l’acier et le charbon, les cercles atlantistes inséraient les pays d’Europe de l’ouest dans une autre construction, militaire celle-là, l’OTAN.

En 50 ans, le Traité de Rome a pu donner sa pleine mesure. Nous sommes passés, je ne m’y attarde pas, de la CEE à la Communauté européenne, puis à l’Union européenne, à coup de rattachements successifs. A partir des années 90, les pays de l’ancien bloc soviétique ont adhéré à l’UE, renforçant ce pôle régional axé sur la stricte observance du dogme capitaliste : concurrence libre et non faussée, respect des critères de convergence, démantèlement des services publics, privatisations, etc. Aujourd’hui, cette Europe impérialiste compte 25 membres, et bientôt 27.

Depuis le Traité de Rome, la construction européenne s’est faite tous azimuts. Au départ issue d’un traité économique instaurant un marché commun, elle s’est peu transformée en une entité supra-nationale, aux compétences étendues, légiférant dans les domaines les plus divers, bien au delà des aspects simplement économiques.

C’est ainsi que l’Union européenne s’est peu à peu accaparée la politique agricole, les services, l’éducation, la santé, les transports, l’intervention diplomatique, la circulation des personnes, le développement des territoires, etc. intervenant dans tous ces domaines et sommant les Etats d’harmoniser leurs législations en fonction des directives européennes.

Elle a même cherché à franchir un nouveau cap, celui de l’organisation politique et militaire, avec le Traité constitutionnel. Rejeté par la France et la Hollande, il est aujourd’hui en panne. Mais les trois candidats susceptibles d’être élus à la présidence de la République ont bien l’intention de repasser les plats, sous une forme ou une autre.

Avec 50 ans de recul, si on se réfère aux visées du Traité de Rome, peut-on mesurer oui ou non des avancées pour les peuples ?

-       « promouvoir dans l’ensemble de la communauté un développement harmonieux, équilibré et durable des activités économiques » : pour le moment, on ne peut qu’être dubitatif. En France en tout cas, on ne le voit pas : fermeture des aciéries et des charbonnages dans les années 80, destruction du secteur textile, démantèlement de pans entiers de l’activité industrielle ont rythmé les 30 dernières années.

-    « promouvoir (…) un niveau d’emploi et de protection sociale élevé » : là encore, l’UE s’est ingéniée à casser la protection sociale, l’harmonisation des législations du travail se faisant par le bas, jusqu’à mettre en concurrence les travailleurs par le biais de la directive Bolkenstein.

On pourrait prendre terme à terme les objectifs du Traité. On se rendrait compte qu’il y a tromperie sur la marchandise entre les objectifs affichés et les réalisations.

On nous objectera que la construction européenne est imparfaite et qu’elle peut s’améliorer. C’est ce que disaient les partisans du OUI en mai 2005, avec le succès que l’on connaît. conf presse AN 23 03 2007

Pour nous, force politique communiste, la construction européenne n’est pas imparfaite : elle est un instrument de domination du capitalisme, à un moment donné sur une territoire donné. Elle est un véritable carcan que la bourgeoisie emploie contre les peuples. Contrairement par exemple au Parti communiste français qui veut l’aménager, nous sommes convaincus qu’il n’y a pas d’aménagement possible de l’Union européenne. Il n’y a qu’une seule issue, quitter l’Europe. Nous ne sommes pas les seuls à le penser : les 55 % d’électeurs qui ont voté NON le 29 Mai ont fait la même analyse.

Le vote du 29 Mai a constitué un premier recul de l’UE, mais ce n’est pas suffisant. Donnons-nous des objectifs clairs, concrets. Pour nous, le seul mot d’ordre qui vaille aujourd’hui, c’est la sortie immédiate de l’Union européenne. Sans cela, notre peuple est condamné à perdre sa souveraineté et à subir la domination du marché.